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Palacio de Narros

Un scandaleux secret : Zaraus

Zaraus, station balnéaire qui ne parait guère évoquer la présence de surnaturel. Bien sur les fantômes peuvent se nicher partout mais ici je craignais qu’ils ne soient guère inspirés par ces modestes te banales constructions de bord de mer tristement alignées le long d’avenues rectilignes ni par ses villas récentes qui se disputaient la palme du mauvais gout. Pourtant quelque part se cachait le palais de Narros. […]
J’imaginais une grande villa art déco, aussi ce fut avec une surprise mêlée d’enchantement que je découvris un jardin clos planté d’arbre très hauts entourant une vaste demeure mi forteresse mi manoir. La façade en pierres ocre lourdement blasonnée remontait à n’en pas douter au 17ième siècle.
Sonnant à l’épaisse porte en bois clouté, ce fut dona Feli Odriofolla en personne qui nous ouvrit. Cette femme aux formes opulentes respirait l’autorité et les formules d’une délicate courtoisie qu’elle employa pour nous accueillir ne dissimulaient pas pour autant la force de sa personnalité.
Avec orgueil, dona Feli qui était la gardienne de cette vieille demeure depuis 28 ans nous montra les ancêtres de tous les siècles accrochés aux murs. Le marquis de Narros arborait dans son cadre ce même habit de soie abricot que donna Feli extrayait d’un coffre ouvragé. Cette comtesse de Bureta vêtue en paysanne brandissant une lourde escopette fut une des héroïnes de la résistance contre les français de Napoléon. Hélas sur les murs de plusieurs salons, s’étalaient des cadres vides dont les toiles avaient été cambriolées. […]
Nous visitâmes l’étage cote parc. Dans un salon où s’alignaient les portraits des saints de la famille ducale, plusieurs effigies d’Ignace de Loyola rappelaient qu’il était un des ancêtres le plus fameux. Puis nous pénétrâmes dans une chambre à coucher, tendue de bleu, et plus austèrement meublée que les autres.
« C’est ici qu’il apparait, le Dracula » cracha dona Feli qui n’avait pas l’air de le porter dans son cœur. Je me demandais comment le Dracula, si Dracula il y avait, avait pu résister à l’autoritaire de Dona Feli. D’ailleurs elle manifestait une certaine réticence à parler de lui. Sa ravissante fille, Mirem qui nous avait rejoint, évoquait beaucoup plus librement que sa mère les habitants de l’au-delà.
Il y avait très longtemps raconta-t-elle, un naufrage eut lieu une nuit de tempête juste au large de Zaraus. Un homme réussit à nager jusqu’à la plage, seul rescapé du désastre. La famille le recueillit et l’hébergea au palais de Narros. Il fut logé dans cette chambre dite « La Chambre bleue ».
Bientôt cependant le village commença à murmurer contre l’inconnu. Ce serait un hérétique, un protestant échappé des guerres civiles qui ravageaient la France. L’étranger avait beau affirmer qu’il était catholique, la méfiance des villageois ne cessa de croitre jusqu’au moment où il tomba malade. Il se coucha dans le vaste lit de bois sombre que je contemplais aujourd’hui et entra bientôt en agonie. Il fallut bien faire venir le curé pour lui administrer les derniers sacrements ; Aux portes de la mort, il ne put maintenir son mensonge et cracha sa haine de la religion du christ. Aussitôt une langue de feu sortit du mur et couru d’un bout à l’autre de la maison. L’homme mourut emportant avec lui son mystère.
Ne pouvant l’enterrer dans le cimetière, la famille du œuvrer en secret et nul ne sut jamais ce qu’était devenue la dépouille de l’inconnu. Personne ne l’avait aimé de son vivant et personne ne l’aima après sa mort surtout lorsqu’il commença à se manifester au palais de Narros.
Sa légende étayée par des récits horrifiants traversa les siècles jusqu’au début du notre lorsque le père Colonna vint étudier in situ la chambre bleue.
Le religieux voulait à tout prix passer une nuit dans cette chambre bleue. Minuit venait de sonner et il méditait, lorsque dans le salon voisin dont la porte était ouverte, une boule incandescente tomba du plafond, glissa dans la chambre hantée jusqu’aux pieds du prêtre, fit un trou dans le parquet et disparut au rez de chaussée, laissant derrière elle une forte odeur de brulé, qui de nos jours persiste dans la pièce. Le père Colonna devait se faire un nom en littéraire avec La chambre bleue, le récit romancé de cette expérience.
Plus tard le père Pilon, un exorciste cette fois-ci armé du matériel très sophistiqué d’un véritable chasseur de fantômes, vint dans la chambre hantée procéder à des enregistrements. Les bandes lorsqu’elles furent décryptées firent entendre des phrases incompréhensibles ainsi qu’une voix féminine. La famille Ducale fut certaine qu’il s’agissait de « tante Germaine » une ancienne gouvernante qui avait réussi à se faire épouser par le Marquis de Narros. Elle était française, fort belle et artiste de surcroît. Elle s’était engagée dans la résistance ce qui lui avait valu tous les honneurs, neanmoins sa noble belle-famille gardait ses distances vis-à-vis de cet arriviste. Les années s’écoulèrent, les exorcismes du père Pillon et de la belle française furent oubliés.

 

Il y a une dizaine années, trois des petits enfants de la duchesse de Villahermosa, des triplés, deux garçons et une fille de sept ans, passaient leurs vacances au palais de Narros. A plusieurs reprisesils affirmèrent avoir vu une dame en robe longue se promener dans la galerie qui, au premier étage, fait le tour du patio. ON haussa les épaules. Ces enfants avaient lu trop de contes terrifiants. Cependant une petite cousine du même âge déclara avoir vu également une dame grande, mince portant une longue robe. Elle fit une description qui ne correspondait en rien à « Tante Germaine ». D’ailleurs la tradition du lieu voulait que le fantôme soit un homme, le fameux huguenot naufragé. La petite fille n’en parla plus.
A la chambre de Dracula, ce soir-là, je préférais celle dit de la Reine Isabelle. On avait fait des frais pour la visite de la souveraine et commandé de l’extravagant mobilier, du plus pur style baroque du 19ième   siècle. Aussi éprouvais je dans la chambre de la Reine Isabelle un extraordinaire bien être. Une chaleur purement humaine y régnait, une chaleur qui me caressait, m’enveloppait. Je pensais à la reine Isabelle dont le tempérament volcanique avait défrayé la chronique. C’était pourtant une autre femme qui s’insinuait dans mon esprit, une femme grande, mince. Du velours brodé d’or la carapaçonnait de la tête aux pieds. De lourds joyaux et une large fraise encadraient son fin visage. D’après ses vêtements, elle devait avoir appartenu à la cour du roi Philippe II, III ou IV ? Mais que faisait elle en tenue d’apparat dans cette campagne éloignée.

To be continued….


par  Prince Michael of Greece