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La princesse des Ursins

ALBERONI & LA PRINCESSE DES URSINS

Le roi Philippe V épousa une princesse de Savoie qui eut le tort de mourir.
Drame épouvantable. Ils avaient bien eu un fils héritier mais le problème était autre : le roi Philippe V ne pouvait pas rester sans faire l’amour sans quoi il tombait malade. Et pour ce chrétien intransigeant seule son épouse légitime pouvait occuper son lit. Au bout de quelques semaines, la situation devint intenable.
La princesse des Ursins était une aristocrate française qui avait été envoyée par Louis XIV et Madame de Maintenon, auxquels elle servait d’espionne, pour gouverner littéralement le jeune roi Philippe V. En fait c’est elle qui régnait sur l’Espagne.

Celle-ci cherchait fiévreusement pour Philippe V une épouse convenable mais, à son grand dam, n’en trouva aucune. Elle ne savait plus à quel saint se vouer. Le roi en effet tombait malade et le besoin d’une femme se faisait de plus en plus urgent.
Elle en discutait avec Alberoni lorsque celui-ci, après avoir réfléchi et taché de trouver des solutions, murmura qu’il y avait bien une possibilité. La princesse des Ursins s’accrocha à cette perche tendue. La possibilité était Elisabeth Farnèse, la nièce et unique héritière du duc de Parme. La princesse de Ursins eut un haut-le cœur. Un Bourbon roi d’Espagne, épouser une Farnèse, une rien du tout, elle accusa Alberoni d’avoir perdu la tête.
Celui-ci demanda à la princesse si elle avait une autre solution à proposer. La princesse avoua qu’elle n’en avait aucune. Et Alberoni d’insinuer que la Farnèse serait la meilleure solution car elle était de si petite maison qu’elle serait éternellement reconnaissante à la princesse de Ursins de lui avoir assuré un avenir inespéré et de l’avoir contre tout espoir hissée jusqu’au trône d’Espagne. Le calcul ne parut pas bête. La princesse des Ursins convainquit Louis XIV du bien de cette union quasi inconcevable pour les puristes de l’époque.

Elle expédia à toute vitesse un courrier à Parme pour demander la main d’Elisabeth Farnèse. Cependant, avec l’esprit d’escalier, la princesse se demanda si derrière cette suggestion d’Alberoni il n’y avait pas quelque dessein secret contre elle. Tout semblait trop facile. Aussi pour éviter tout risque, elle envoya un second courrier pour annuler la demande en mariage.
A Parme, le duc oncle d’Elisabeth Farnèse reçut le premier courrier avec la demande en mariage, puis le second avec l’annulation de cette même demande.

C’est au second qu’il s’adressa « Vous avez le choix, lui dit-il, ou vous remettez maintenant le message qui annule la demande en mariage et vous ne ressortirez pas vivant de mon palais, ou vous avouez que vous êtes arrivés trop tard, que la demande en mariage non seulement a été acceptée mais que le mariage a été conclu par procuration et vous recevez beaucoup, mais vraiment beaucoup d’or »


Le second courrier préféra les ducats.
Le duc accepta donc, éperdu de bonheur, la demande en mariage pour sa nièce. Le mariage par procuration fut célébré à la hâte. Le second courrier arriva en retard et Elisabeth Farnèse quitta Parme pour son nouveau royaume.
On devine avec quelle impatience Philippe V attendait sa nouvelle épouse. A dire vrai, il n’en pouvait plus. La description de Saint Simon présente un homme nerveux accablé de rougeurs, d’étouffements. Bref sa sexualité insatisfaite le rendait à peu près fou.
La princesse des Ursins avait décidé d’attendre la nouvelle reine au nord de Madrid, à Guadalajara. Alberoni la devança et croisa le cortège d’Elisabeth en chemin.

Il monta dans le carrosse de la nouvelle reine qu’il connaissait depuis toujours. On arrive à Guadalajara, c’est l’hiver, il fait un froid glacial qui n’empêche pas la princesse des Ursins d’avoir revêtu le grand costume de Cour, robe de brocarts, profond décolleté, coiffure élaborée, diamants à ne savoir qu’en faire, longue traine. Elle ne va pas jusqu’à descendre en bas des marches pour recevoir la souveraine et s’est arrêtée au milieu de l’escalier. Elle l’attend, telle une déesse, une idole, telle la véritable reine.


Elisabeth Farnèse sort du carrosse, pénètre dans le vestibule du palais, voit dressée au milieu de l’escalier la princesse de Ursins : « Qu’on arrête incontinent cette femme !»
Le capitaine des gardes croit avoir mal entendu. Il bégaye des protestations à la reine qu’il vient de rencontrer. Celle-ci exhibe un billet manuscrit de son mari le roi Philippe V ordonnant à tous de se mettre aux ordres de la reine. Ce billet c’était évidemment Alberoni qui l’avait conçu, qui l’avait rédigé, qui le lui avait amené. Le capitaine des gardes ne peut qu’obéir.
Lentement, il monta les marches avec ses hommes et au nom du roi arrêta la princesse des Ursins. « Qu’on l’envoie sans tarder en exil », ajouta Elisabeth Farnèse.
La princesse encore toute puissante une minute plus tôt, fut presque jetée dans un carrosse qui partit à brides abattues vers la frontière. Elle n’avait même pas eu le temps d’emporter un vêtement chaud et voyagea ainsi une semaine en grand décollette, mourant de froid. Selon Saint Simon, elle n’eut pour toute nourriture jusqu’à la frontière que deux œufs durs.

Ainsi tomba, grâce au petit Alberoni, une des femmes les plus puissantes du siècle. Louis XIV et Madame de Maintenon, soulagés à l’idée que Philippe V ait enfin trouvé une solution à ses problèmes sexuels, n’osèrent pas protester. Quant à Alberoni il se mit allègrement à gouverner avec sa compatriote de Parme, la reine Elisabeth. Il aurait pu se contenter de ce rôle mais l’ambition qui soufflait en lui ne s’arrêta pas en si bon chemin. Saint Simon affirme en effet qu’il mourut alors qu’il intriguait pour devenir le prochain pape.

 


par  Prince Michael of Greece