ANTICYTHÈRE

Réveillés à une heure du matin, nous fonçons en jeep jusqu’à Diakofti. Le ferry-boat d’Athènes arrive peu après. Nous nous y engouffrons pour retrouver le père de Fivos, Aris Tsaravopoulos, l’archéologue, mon vieil ami Adonis, l’érudit, archéologue amateur.

Nous nous installons dans l’immense salon entièrement désert et aussitôt la conversation part sur les Minoens, les préclassiques, les antiquités préhistoriques. Je mets mes écouteurs et je m’endors en écoutant Fledermaus.

A 4 heures du matin, je monte sur le pont. Dans ce navire vieillot, il y a encore une proue où je vais me poster. Les vagues sont assez fortes, au-dessus de moi la lune et les étoiles. La nuit lumineuse, merveilleuse, la mer sombre et presque inquiétante. La forme d’un îlot rocheux, une montagne qui sort de la mer, puis les quelques lumières lointaines d’Anticythère se rapprochent. Je reste ainsi dans le vent chaud plus d’une heure.

Nous entrons dans le minuscule port d’Anticythère que je distingue à peine. Nous montons jusqu’à l’unique hôtel de l’île. Il est tenu par un abominable brigand. Rien n’est prêt, ni les chambres, ni les lits. Est là pour nous recevoir un Bulgare squelettique et édenté, esclave du propriétaire qui le maltraite. Il fait de son mieux mais que peut-il ? Il y a aussi un client qui n’a toujours pas trouvé de chambre, il se prétend journaliste, il nous inquiète et erre autour de nous. Nous rions de ces aventures.

A 8 h du matin, je sors pour être accueilli par le vent le plus renversant. La mer est presque blanche d’écume. Je n’arrive pratiquement pas à me tenir debout sur la terrasse en ciment. Je comprends tout de suite qu’Anticythère est un lieu où la paroi entre le visible et l’invisible est fort mince. Je suis venu pour « La machine de Cythère » qui n’est plus une énigme mais aussi pour une autre belle énigme : « L’amour du prochain est vainqueur à la guerre ».

Nous grimpons à pied au lieudit de Kastro et nous sommes restés au moins cinq heures dans ce haut-lieu de l’Antiquité.
Les érudits, Adonis Kirou et le père Tsaravopoulos, discutent de chaque tesson sous le soleil brûlant. Je pars tout seul allègrement à la découverte. Je visite les maisons d’un village en ruines dont les murs sont bâtis avec des pierres arrachées à des constructions antiques.
Sautant la muraille du 5ème siècle, je m’installe en face des îlots de Thimonies. Ils sont quatre qui sortent brusquement de la mer, assiégés par les vagues et les flots démontés. Ils sont agressifs, étranges, impressionnants, ils parlent d’un monde terrifiant.
Je reste longtemps assis à les contempler. Il ne suffit pas d’aimer les éléments, la terre, la mer, le vent, la lumière, il ne suffit pas de les remercier, il faut les respecter comme eux, les éléments, nous respectent, comme eux nous aiment, comme eux nous remercient…


par  Prince Michael of Greece

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