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DECADENCE DE LA POLITIQUE ET DES POLITICIENS

Naguère, il y avait chez les politiciens, dans les gouvernements des personnages de grande envergure. Il y avait des bons, très peu, il y avait beaucoup de méchants mais au moins ils n’étaient ni médiocres, ni banals, ni petits. J’ai rencontré à la tête d’états des personnalités explosives, d’une intensité, d’un rayonnement extraordinaires. J’ai entendu à la tribune des parlements ou à la radio des discours éblouissants, des discours qui pouvaient bouleverser, soulever, emporter des foules. Nous nous précipitions tous à la télévision pour voir les conférences de presse du général de Gaulle car c’était chaque fois un happening. Même si on n’était pas gaulliste, on ne pouvait qu’être transportés par ses one man shows sans pareils. Un personnage discutable comme Nasser, quand il pérorait d’un balcon, des millions d’êtres en étaient bouleversés. Moi-même, même si je le désapprouvais profondément, même si je ne comprenais pas un mot de ce qu’il disait en arabe, je me suis laissé emporter par ce sombre magicien du verbe.

Aujourd’hui, lorsque je regarde les nouvelles à la télévision, il suffit qu’un politicien se mette à pérorer pour que je zappe et jamais il ne me viendrait à l’idée d’allumer le poste consacré aux assemblées nationales. Les politiciens d’aujourd’hui m’ennuient profondément. Ils débitent leur salade, toujours la même, comme un robinet d’eau tiède et, surtout, ils sonnent tellement faux. Je me demande vraiment qui peut encore les croire. Qui peut croire à ces discours pré-électoraux avec les mêmes promesses répétées indéfiniment à chaque élection et évidemment oubliées le lendemain des élections ? Mais, justement, plus personne ne les croit. C’est bien ça peut-être le drame de notre époque. Eux, cependant, continuent. Ils prennent vraiment les gens pour des imbéciles en imaginant un instant qu’ils sont crédibles ou qu’on les écoute. De tous les pays, de toutes les classes, de tous les partis se dégagent des politiciens d’une médiocrité infernale. « En prison pour médiocrité » ordonnait le roi dans « La reine morte » de Montherlant. « En prison pour médiocrité », alors, dans ce cas, plus aucun politicien ne serait libre.

Aujourd’hui, la politique n’attire presque plus les êtres de grande valeur, des hommes, des femmes qui voudraient améliorer et faire progresser. Tout simplement parce que la politique ne mène plus à rien et parce qu’elle est impuissante face aux pressions. Un ancien ministre français qui n’appartenait pas au monde politique et qui donc avait sincèrement de saines intentions et voulait faire quelque chose, m’avouait qu’il ne pouvait concrétiser que dix pour cent de son programme face aux syndicats, aux ordres venus d’en haut, à l’inertie des fonctionnaires.

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La plupart se jettent dans la politique en ayant l’illusion de gagner du pouvoir et se contentant des avantages, des passe-droits que donne leur position si ce n’est, comme tant d’entre eux, dans l’unique but de s’enrichir.

Je demandais un jour à un ami mexicain pourquoi la constitution de son pays n’autorisait pas plus d’un mandat de quatre ans au président de l’Etat. « Parce que si, en quatre ans, il n’est pas capable de faire une grande fortune, c’est qu’il est nul ».

Entrer en politique pour des mauvaises raisons, les politiciens font une mauvaise politique ou pas du tout de politique, sinon profiter, profiter pour eux-mêmes. En fait, les politiciens n’ont jamais rien fait de leur vie, ils n’ont jamais de contact direct avec la réalité. Ce sont des oisifs de luxe, sans principes, sans idées directrices, sans réflexion, sans vue profonde. Ils agissent au jour le jour, ne voyant rien, ne concevant rien, toujours apeurés de perdre leur place et ses avantages matériels, toujours prêts à s’aplatir devant leur électorat.

J’ai pourtant rencontré une survivante de la grande époque, Margaret Thatcher. Elle avait des principes, elle avait une idée de son Angleterre et elle la servait de toute son âme, de toutes ses forces. Elle avait des vues, elle avait une ligne directrice, elle savait être inflexible et, avec ça, la modestie même. Elle voyageait avec une suite de dix personnes lorsque François Mitterrand se déplaçait avec cent personnes. Le soir, après avoir travaillé tard, elle gardait ses trois ou quatre collaborateurs les plus proches et leur cuisinait elle-même de la pasta dans une kitchenette qu’elle avait fait installer au dernier étage du 10 Downing Street. Un détail qui n’a rien à voir avec la politique ou, peut-être justement, qui est la base de la politique, cette femme dotée de tant d’énergie et de volonté, qui en imposait aux hommes les plus forts, savait être féminine. Elle regardait un homme comme une femme regarde un homme et automatiquement un homme la regardait comme un homme regarde une femme.

Thatcher fut une exception. Elle disparut de la scène. Le phénomène paraît encore plus impressionnant. C’est l’absence totale de chefs, de grandes personnalités, de guides charismatiques. De cet océan de médiocrité, personne ne s’élève plus, personne pour dominer une situation, pour créer l’événement, pour frapper les esprits, pour entraîner.

J’ai connu l’époque des géants en tous genres d’ailleurs, parfois des tyrans, parfois des figures remarquables, détonantes. Ils ont tous disparu. A leur place, il y a une génération de nains.

De nos jours, avec cette uniformité dans la médiocrité des politiciens et la politique diluée dans l’économie, il n’y a presque plus de différence entre les programmes des partis politiques, hormis les extrêmes.

Aussi, les politiciens n’ayant plus à défendre un programme qui est à peu près semblable à celui de l’adversaire en sont réduits à des attaques personnelles les uns contre les autres. Les scandales se multiplient qui n’épargnent personne, scandales de mœurs mais surtout répugnantes affaires d’argent. Tout le monde trempe dans des affaires louches, tout le monde gagne des commissions, se voit compromis dans des financements.

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Malgré tous les subterfuges utilisés, le peuple, lui, n’est pas aussi bête que les politiciens voudraient le croire. Il a compris que ceux-ci sont à la solde de l’argent, qu’ils sont tous impuissants, inefficaces sinon corrompus. Non seulement ils n’ont plus de vues lointaines et de perspectives à long terme, ils n’ont plus de vue du tout, ils ne voient plus rien. Et surtout ils se désintéressent totalement de leurs concitoyens, du peuple. Ils le sollicitent pour en être élus puis s’empressent de retourner à leur indifférence. Cela, le peuple l’a senti. Il les rend à juste titre responsables de la situation, de la crise actuelle, et son mépris pour eux, les politiciens, lentement est en train de tourner à la haine. Aujourd’hui, on ne vote plus pour un homme politique, on vote contre un homme politique.


par  Prince Michael of Greece

7 commentaires pour “DECADENCE DE LA POLITIQUE ET DES POLITICIENS



  1. Ileana Makri

    It is indeed a very good piece describing an undeniable fact of our times. However in my opinion there is a reason that lead to this unfortunate situation and it is no other than uncontrolled capitalism.
    At a time when all values have been substituted by the one and only value of money why would somebody expect the politicians that are fully controlled by the major capitalist players to resist.
    As you said correctly the ones that try to resist cannot even achieve ten percent of their policy program.
    The rest are employees that follow orders and have no power or vision. Therefore unless capitalism redefines itself fast things will only get worse and it is very dangerous to have the masses discredit their leaders because that slowly will lead to global anarchy.


  2. ANA DE SACADURA BOTTE DE MELLO BRAMÃO

    Excellent text. I subscribe entirely. Thank You so much for sharing your thoughts and opinions!


  3. ANA DE SACADURA BOTTE DE MELLO BRAMÃO

    Excellent text that I fully subscribe. Thank You so much for sharing you thoughts and opinions.


  4. John Edward Heaton

    Hear, hear, no truer words in these days of global decadence – thank you, Michael.



  5. Πέτρος Παπαπετρόπουλος

    Συμφωνώ απόλυτα μέ τίς απόψεις σας , τί λύση προτείνετε;

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