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Lady Ferrers

LA DIABOLIQUE LADY FERRERS

Andrew Perry est furieux. En ce matin de décembre 1970, ce propriétaire d’une écurie, la seule de la région qui loue ses chevaux à des vacanciers, découvre que, pendant la nuit, quelqu’un s’est introduit dans son écurie, a sellé son cheval noir, et lui a fait faire une telle course qu’il le retrouve épuisé, en sueur, abîmé.

Il s’en ouvre à son copain, le propriétaire du pub de ce village du nord de Londres, Douglas Dalton. « C’est Elle, lui répond Dalton, moi-même, l’autre nuit, alors que je promenais le chien, j’ai entendu le galop d’un cheval qui fonçait sur moi. Je n’ai rien vu. Le chien s’est mis à trembler. Le cheval est passé tout à côté de moi et je n’ai toujours rien vu. Ce n’est pas la première fois que j’enregistre ce phénomène. C’est Elle je te dis ».
Andrew Perry proteste : « Tu crois vraiment qu’une femme morte il y 300 ans, ouvre mon écurie ou terrorise ton chien sans que tu la voies ? »…

En ce milieu du 17ème siècle, Lady Katherine Ferrers a 18 ans. Elle est seule au monde. De sa vaste fortune méthodiquement pillée par sa parenté, il ne reste que le domaine de Markyate. Elle s’installe dans le château depuis longtemps abandonné. Elle va visiter chacun de ses fermiers, décidée à remettre sur pied le domaine. Le plus éloigné se trouve être un certain Ralph Chaplin. Lady Catherine est surprise. Ce n’est visiblement pas un paysan mais plutôt un seigneur. Lui aussi, lui apprend-il, a été spolié par sa famille. Il appartenait à la petite aristocratie et le voilà réduit à être fermier. Son aspect, ses manières séduisent Lady Katherine. Ils décident de se revoir.

Très vite, la ravissante Katherine et le beau Ralph deviennent amants. Ils ont subi le même sort, spoliés par leur famille. Ils sont seuls au monde, ils veulent prendre leur revanche.

Au fil des nuits, Lady Katherine s’étonne. Ralph, lorsqu’il la rejoint par un passage secret à l’intérieur de son château, et ne le fait que tard dans la nuit.
Un jour, elle l’interroge : « Pourquoi si tard ? »
– « Parce que j’ai un autre métier. Je suis voleur de grand chemin ». Lui avoue t’il alors.
Lady Katherine sursaute de surprise mais aussi de joie. Elle lui demande de l’accompagner dans sa prochaine expédition. Ralph accepte du bout des lèvres. Que va faire cette élégante aristocrate sur les grands chemins nocturnes et les attaques de diligences ?
Or, ce n’est pas une élève qu’il découvre mais une maîtresse-femme. Elle monte à cheval aussi bien qu’elle tire au revolver. Tous les deux font immédiatement une équipe formidable. Ils attaquent les voyageurs isolés, les diligences, les carrosses des nobles. Le revolver pointé sur leurs victimes, ils les pillent allègrement et ramènent au château leurs butins qu’ils entassent dans une cachette.

Markyate Castle Lady Ferrers

Bientôt, toute la région ne parle plus que de ces deux hommes, l’un apparemment très jeune, l’autre plus âgé, qui sont devenus la terreur. Peu s’aventurent désormais la nuit et, pourtant, certains le font puisque les pillages, et les vols continuent.

Une nuit, lady Katherine a décidé de rester à la maison, fatiguée, tandis que Ralph s’en va à la chasse au butin. Le matin suivant, pendant que Lady Katherine se fait habiller par sa camériste, celle-ci babille : « Milady, vous savez la nouvelle, on a enfin réussi à tuer un des deux bandits. Cette nuit-là, il était tout seul. Un des attaquants a réussi à lui tirer dessus et l’a étendu raide ». Lady Katherine arrive à garder son sang-froid et à ne rien manifester.

Le maire du village vient lui apprendre que le bandit était un de ses fermiers, Ralph Chaplin. Lady Katherine félicite les autorités de ce grand succès.
« Qui a donc tué le bandit ? »
– « Le gendarme ».
Bientôt, celui-ci est trouvé mort dans sa maison. Il a été assailli dans la nuit. Tous ceux qui ont participé à la mort de Ralph Chaplin seront tués les uns après les autres. Il ne reste plus qu’un des deux seuls bandits mais il est encore plus redoutable que lorsqu’ils étaient deux.

Une nuit, cependant, le voyageur qui transporte des barils de vin a pris ses précautions. Il a des revolvers cachés sous son manteau et lorsque le bandit se dresse devant lui l’arme pointée sur lui, il sort subrepticement son arme et tire sur celui-ci. Le bandit pousse un cri de douleur, tourne bride, part au galop et disparaît dans la nuit. Lady Katherine n’a qu’une volonté, elle veut mourir dans son lit, elle se sait atteinte à mort. Le cheval noir galope, Lady Katherine perd son sang, elle parvient jusqu’à la poterne secrète du château qui mène directement dans ses appartements. Elle glisse sur le sol et ne bouge plus, elle est morte à la porte de sa chambre.

Le lendemain matin, les serviteurs découvrent le cadavre masqué du bandit. Mais qui donc était celui qui a si longtemps terrorisé la région ? Ils enlèvent le masque, ils sursautent d’horreur et de surprise. Le bandit masqué n’était autre que leur maîtresse, Lady Katherine Ferrers.

Depuis, morte, elle refuse de quitter son domaine de Markyate. Morte, elle continue à terroriser les habitants de la région.