Château de Possenhofen

ÉLISABETH ET LUDWIG OU LES COUSINS MAUDITS – Partie I

Louis II de Bavière

Ludwig, Louis II Roi de Bavière

« Ce n’était pas un rêve. Non, en vérité, ça n’en était pas un. Je m’étais couchée et je n’arrivais pas à trouver le sommeil, bien que ma chambre fût plongée dans l’obscurité et qu’au-dehors dans le jardin tout fût calme et silencieux…

« Alors que je restais étendue pendant ces heures solitaires, des pensées, des images, des souvenirs m’assaillaient. Et soudain, au milieu de ce va-et-vient involontaire dans ma tête, je crus entendre le monotone goutte-à-goutte de l’eau. Il doit pleuvoir, me dis-je – ce qui n’est jamais étonnant en ces lieux et en cette saison – et les gouttes de pluie tombent sur des feuilles mortes sous ma fenêtre. Ainsi rassurée, je ne fis plus attention au bruit. Jusqu’à ce qu’il soit remplacé par un autre bruit, tout aussi reconnaissable : celui que font les vaguelettes lorsqu’elles viennent mourir sur le rivage.

« Ce son, je l’avais entendu si souvent lors de mes promenades à cheval quand je longeais le lac… Petit à petit, il parut venir non pas de dehors, non pas du lac, mais de l’intérieur même de ma chambre. Et le son grandissait, comme s’il se rapprochait de moi. Brusquement je commençai à éprouver la sensation de me noyer… je hoquetais, je suffoquais, je me débattais pour trouver de l’air. Je ne rêvais pas, je le répète, j’entendais l’eau et je sentais qu’elle remplissait mes poumons… Puis, au bout d’un moment, la sensation de l’eau, le bruit, cessèrent. Ma terreur était passée. Non sans effort, je parvins à m’asseoir dans mon lit et à respirer calmement.

Entre-temps, la lune s’était levée et la luminosité entrait à flots par ma fenêtre dont je n’avais pas tiré les rideaux, lorsque je vis la poignée de la porte tourner et le battant s’ouvrir très lentement. Alors, il entra. Tout de suite, je remarquai que ses vêtements étaient lourdement mouillés, au point qu’il laissait derrière lui de larges flaques. Ses cheveux étaient collés par l’eau sur son visage blafard. Mais c’était bien Ludwig. Il est parvenu au pied de mon lit et nous nous sommes regardés en silence pendant un long moment ».

Sissi-elisabeth-imperatrice-dautriche

Elizabeth de Bavière, impératrice d’Autriche, célèbre “Sissi”.

Lui, Ludwig, c’était Louis II roi de Bavière. Elle, c’était Élisabeth de Bavière, impératrice d’Autriche, la fameuse « Sissi ».
Cousins germains, ils s’adoraient depuis l’enfance. Bien qu’elle eût huit ans de plus que lui, un lien indéfectible, profond, trop subtil pour être analysé, les attachait l’un à l’autre. Un lien qui se situait en deçà de l’amitié, de l’affection ou de l’amour. Un lien qui avait beaucoup à voir avec l’atavisme. Tous deux étaient incroyablement beaux et profondément romantiques. Tous deux étaient épris de sublime et poursuivaient d’inaccessibles idéaux. Ils avaient, très jeunes, atteint une position étincelante : Ludwig était devenu roi de Bavière à dix-neuf ans, à la mort de son père. Élisabeth était devenue impératrice d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, à dix-sept ans en épousant l’empereur François-Joseph.

l’empereur François-Joseph et son épouse, l'impératrice d'Autriche

Emperor Franz Joseph and his wife the empress Elisabeth

 


par  Prince Michael of Greece

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