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Peinture de Louis II, roi de Bavière

ÉLISABETH ET LUDWIG OU LES COUSINS MAUDITS – Partie II

Survint la crise finale. La situation étant devenue intenable, ministres et courtisans décidèrent de rendre le roi incapable de nuire. Ils allèrent trouver son oncle, le prince Léopold. Ils le persuadèrent que si l’on ne destituait pas son neveu et si lui-même n’acceptait pas la régence, c’en était fini de la monarchie. Léopold accepta. Non par ambition personnelle, mais parce qu’il était convaincu que le maintien de son neveu sur le trône conduisait la dynastie à sa perte. Louis II ayant eu vent du complot se retrancha dans son fantastique château de Neuschwanstein.

Painting - Louis II king of Baviara

Peinture représentant Louis II, Roi de Bavière

Il gardait des fidèles. Ceux-ci voulurent organiser une résistance. Alors arrivèrent, sous une pluie diluvienne, les délégués chargés de s’assurer de la personne du roi. Devant les portes résolument fermées du château, ils reculèrent, ou plutôt ils fuirent. Quelques jours plus tard, ils revinrent en force. À minuit, ils se présentèrent à Neuschwanstein et investirent silencieusement le château. Las, Louis II se laissa arrêter et emmener par ceux qui étaient venus le détrôner. À quatre heures du matin, il quitta son château de Neuschwanstein qui allait rester pour la postérité sa plus grande gloire. Il savait qu’il n’y reviendrait jamais.

The fantastic castle of Neuschwanstein.

Le fantastique château de Neuschwanstein

Le cortège de berlines noires s’enfonça dans la nuit épaisse. Louis II fut mené au petit château de Berg, propriété royale où il avait souvent séjourné, dressée sur les bords du lac Starnberg. La nouvelle se répandit comme un éclair dans tout le pays. En un instant, son impopularité fut oubliée : le peuple se déclara révolté de la façon dont il avait été traité. Les nouveaux maîtres du pays, qui avaient escompté sur la satisfaction des Bavarois de se voir débarrassés d’un roi si coûteux, comprirent qu’il était devenu un martyr et donc une menace permanente pour eux. Le docteur Gudden, le traita d’emblée comme un fou dangereux. Louis II se vit soumis à une surveillance constante, au point de ne même pas pouvoir prendre un bain seul ! Rien ne semblait justifier ces mesures car il restait parfaitement calme, composé, maître de lui.

Docteur Bernhard von Gudden

Le matin du 13 juin 1886, Louis II se réveilla frais et dispos. Il convoqua le docteur Gudden et l’interrogea longuement sur les causes qui l’avaient amené à le déclarer fou. Le médecin s’en tira comme il put, mais le dialogue avec ce roi intelligent et vif ne tourna vraiment pas à son avantage. Aussi, lorsque, après le déjeuner, Louis II exprima le souhait de faire une promenade dans le parc du château, non seulement Gudden accepta et se proposa pour l’accompagner, mais il refusa toute autre présence, gardes ou infirmiers, qui aurait pu importuner le roi. Celui-ci se fit servir son déjeuner au milieu de l’après-midi. Il mangea et il but énormément, comme à son habitude.

À 18 h 45, le roi et l’aliéniste sortirent pour la promenade promise. Il pleuvait à verse et la nuit tombait déjà. Les deux hommes empruntèrent le sentier qui menait à la berge du lac. Le dîner royal était prévu à vingt heures, mais, à cette heure-là, le dîneur découronné n’était pas revenu. Au château, on commença à s’inquiéter. L’assistant du docteur Gudden envoya les gendarmes de service à leur recherche : ils ne rencontrèrent personne…

the banks of Lake Starnberg

Les bords du lac Starnberg

Dès leur retour, tout le personnel du château, alerté, équipé de lanternes, se lança dans les frondaisons du parc sous la pluie battante : de nouveau sans aucun résultat. Soudain, le premier indice apparut : le manteau du roi flottant sur le lac, tout près du rivage. Puis son parapluie et son chapeau. Ensuite, on trouva le chapeau et le parapluie du médecin.

On décida donc de fouiller non plus le parc mais le lac. On réquisitionna la barque d’un pêcheur et on rama dans l’obscurité. Très vite, un premier corps fut aperçu, le ventre et la tête enfoncés dans l’eau : c’était le roi Louis II. Quelques mètres plus loin, on découvrit celui du docteur Gudden. Malgré les efforts des assistants médecins pour leur redonner vie, les deux hommes étaient bel et bien morts.

L’impératrice Élisabeth n’eut pas le courage d’aller s’incliner sur sa dépouille mortelle. Le cadavre ramené à Munich fut exposé dans la chapelle du palais royal, la Residenz. Revêtu de son uniforme de gala, il portait toutes ses décorations enchâssées de diamants, ses mains inertes pressant le modeste bouquet de jasmin envoyé par Élisabeth.

L’impératrice Elisabeth « Sissi »


par  Prince Michael of Greece