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EVRIKLES II

Suite du chapitre précédent sur Evrikles.

L’empereur Auguste qu’il sert si bien lui a donne en récompense l’île de Cythere dont il devient le prince….

Pendant ce temps, sa principauté de Cythère commençait à sembler étroite à Evrikles dans tous les sens du mot. Pas beaucoup d’avenir à Cythère pour cet homme ambitieux dont l’amitié d’Octave offrait par ailleurs d’immenses possibilités. Il ne rêva que de planter là sa principauté pour aller chercher ailleurs aventures, succès et victoires… et fortune.

A l’époque, les juifs et les Grecs entretenaient des relations étroites et cordiales. Evrikles avait rencontré le roi Hérode le Grand de Judée à Olympie où le souverain était venu assister aux Jeux. Il s’embarque donc pour la Judée. Il arrive à Jérusalem.

Reçu au palais royal, il est accueilli à bras ouverts par le roi Hérode. Son origine spartiate et la faveur d’Octave lui assurent du prestige, les riches présents qu’il amène et sa personnalité lui assurent un franc succès. En deux mots, il plait instantanément.

Cependant, un observateur se révèle plus lucide que le roi Hérode. Il s’appelle Flavius Joseph. Il est en passe de devenir un des chroniqueurs les plus extraordinaires de l’Antiquité. Son œuvre est irremplaçable, en ce sens qu’il est le seul à décrire des personnages et des événements d’une importance inouïe.

Dans les œuvres qu’il laissera derrière lui, il parlera d’Evrikles. Il le décrit comme ayant un très mauvais caractère mais sachant admirablement flatter tout en paraissant le contraire d’un flatteur, c’est-à-dire qu’il avait la manière pour réussir. De plus, c’était un bon vivant qui aimait la grande vie, ce qu’on pratiquait couramment à la cour d’Hérode.

Très vite, il devient un conseiller écouté du roi. Celui-ci se trouve à la tête d’une famille, les Hasmonéens, qui constitue le plus violent, le plus compliqué, le plus inextricable nid de guêpes qu’on puisse imaginer.

Ses fils, ses neveux, ses frères, ses oncles, ses cousins, ses femmes, ses belles-filles, ses filles, ses cousines, ses nièces passent leur existence à intriguer les uns contre les autres, à tenter de s’éliminer quand ils ne couchent pas les uns avec les autres. Ce n’est que sexe, violences, traîtrises, retournements.

Les Romains en profitent pour s’infiltrer un peu plus dans la région mais eux-mêmes, c’est le cas de le dire, y perdent leur latin. On ne peut compter sur personne, tout le monde ment, tout le monde se déteste, tout le monde ne pense qu’à éliminer les autres quand ce n’est pas pour faire l’amour.

Tâcher de s’y reconnaître dans les aventures de cette dynastie est quasi impossible. Evrikles, lui, y réussit, jouant l’un contre l’autre, tantôt flattant l’un, tantôt flattant l’autre, tantôt prenant le parti de l’un, tantôt prenant le parti de l’autre, mentant effrontément, intriguant sans arrêt, courant de l’un à l’autre, persuadant l’un après l’autre, peut-être même graissant la patte de l’un puis de l’autre.

Il réussit pendant des années à être un personnage puissantissime, tantôt occulte, tantôt bien présent, et surtout richissime car, pour ses services, il reçoit d’énormes cadeaux en numéraires de tous les partis, de tous les adversaires. Mais lui-même comprend que ce jeu a un terme.

Après avoir exploité tous, trahi tous et fait fortune, il sent que le temps est venu de mettre une distance entre les Hasmonéens et lui. Il quitte donc la Judée avec un énorme trésor.

Revenu à Sparte, il se retrouve chef des Lacédémoniens et laissera dans tout le Péloponnèse des témoignages de sa munificence. Il construira les bains les plus luxueux à Corinthe, un énorme gymnase à Sparte et autres bâtiments publics.

Malgré ses cadeaux et ses bienfaits, ses sujets le considéraient comme un collaborateur trop étroit de l’occupant romain qui était loin d’être aimé de tous. Il finit donc dans la disgrâce et l’obscurité. Il ne laissa aucun souvenir tangible à Cythère mais, par contre, il laissait derrière lui le souvenir de l’un de ces souverains les plus célèbres dont la vie est un prodigieux roman d’aventures.

Même si l’on n’a retrouvé aucune construction qui puisse lui être attribuée, Evrikles visita Cythère et séjourna dans la ville dont nous avions parcouru les modestes restes. En vérité, cette région est particulièrement attirante. Skandia, Palaiochora, les contours, les frontières sont imprécis mais la beauté, la variété, l’intérêt sont, eux, infiniment précis.

La mer dans sa magnificence avec ses plages parfaitement dessinées, la nature riche, abondante, les cyprès, les oliviers, les buissons odoriférants, les jardins cultivés, les champs soigneusement moissonnés où paissent les troupeaux, les villas modernes sont dispersés sur des hauteurs.

Au bord des routes s’alignent des tombeaux mycéniens. Au bout d’une prairie se dressent des constructions romaines. Une chapelle byzantine occupe le sommet d’une colline. Il y a aussi les légendes sur des villes disparues dans des catastrophes naturelles. Que de richesses, que de secrets non éventés.

Et pourtant Evrikles n’avait pas eu le loisir de profiter de ces lieux enchanteurs. La disgrâce l’avait fauché alors qu’il s’y attendait le moins. La reine Cléopâtre à laquelle il s’était frotté lui avait porté malheur, comme la passion si bien mise en scène de la reine pour le tribun romain avait entraîné sa fin tragique.


par  Prince Michael of Greece

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