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LA FAUSSE ANASTASIA ( suite)

L’assistance était restreinte : Dorothée et moi, son frère, M. Benjamin et le couple Cannon. La pièce dans laquelle on nous fit entrer comportait tous les accessoires habituels : une cuvette d’eau, une guitare, des trompettes d’aluminium. On éteignit les lumières et presque aussitôt le medium tomba en transe. Dans l’obscurité totale, nous entendîmes de légers froissements et des coups faiblement frappés, puis soudain éclata un sauvage cri de guerre provenant semble e t’il de sous mes pieds et me surprenant au point que j’en sautai presque en l’air. M Cannon me dit tout bas que c’était l’esprit indien du medium qui s’annonçait régulièrement de cette manière. Cela fut suivi d’un rire enfantin puis d’un bruit de barbotement dans la cuvette d’eau. J’avançai la main. « Donnez-moi une poignée de main » fis je et une petite main mouillée se glissa dans la mienne. Je n’explique rien mais je suis sûr de l ’avoir sentie et tenue ferme pendant plusieurs secondes. Puis le silence tomba, troublé seulement par la respiration bruyante du medium. […] ensuite je n’entendis qu’un faible murmure puis les mots me parvinrent plus nettement. A mon étonnement c’était du russe.
« Ne me reconnais tu pas ? »
La douce voix me semblait étrangement familière, mais je n’arrivais pas à l’identifier.
« Je t’ai suivi partout, continua t’elle avec un léger rire. Je suis Tatiana »
La seule Tatiana que j’eusse connue avait été la seconde fille du Tsar Nicolas II. J’aurais pu jurer qu’il y avait dans sa voix comme un accent de triomphe « Nous sommes tous présents ici continua t’elle en un russe impeccable. Nous t’envoyons notre affection et nous t’embrassons- on perçut le bruit de quelqu’un qui envoyait un baiser- et Anastasia veut te faire savoir que la personne qui vient en ce moment en Amérique, ce n’est pas elle. Il faut que tu le dises à tante Xenia. »
La voix se tut et a trompette retomba à terre.
Trois jours plus tard j’appris que la jeune mystérieuse qui se disait la grande duchesse Anastasia venait d’arriver à New York. Ma nièce Xénia, trouvant que les choses trainaient trop en longueur l’avait fait amener et l’avait immédiatement installée dans sa ville de Long Island, sans m’en faire part.
J’étais fort impatient de voir cette femme et je remuai ciel et terre pour y arriver car j’avais été l’un des derniers de notre famille à voir Anastasie lors de mon voyage en Russie en 1916, et j’avais la certitude de ne pas éprouver si c’était bien elle, la moindre difficulté à la reconnaitre.
Toutefois comme il ne me fut jamais permis de m’approcher à moins d’un bon nombre de kilomètres de la protégée de Xenia, je ne suis pas qualifié à formuler une opinion.
Elle résida plusieurs mois chez ma nièce qui crut les yeux fermés à son histoire et lui témoigna la bonté la plus grande. Mais la façon dont elle se conduisit envers la grande – duchesse Xénia, sœur du Tsar défunt, aboutit à une querelle avec William Leeds qui la mit à la porte de chez eux.

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En Grèce, dans ma famille, nous discutions souvent de l’affaire Anastasia qui, à l’époque n’était pas encore réglée. La réaction des membres de la famille impériale avait contribué à faire croire que Mrs Anderson était la grande-duchesse. Il y avait une telle violence, un tel déni, une telle terreur chez les survivants de la dynastie que tout le monde se disait que pour qu’ils réagissent tellement fortement, c’est qu’elle est vraie. Il est vrai qu’elle avait reconnu pas mal de personnes de son entourage d’enfance, qu’elle se rappelait de faits absolument étonnants mais, surtout, un fait avait jeté le trouble. Elle se rappelait qu’en pleine première guerre mondiale elle avait vu au Palais à Saint-Pétersbourg le frère de l’impératrice, le grand-duc de Hesse, venu probablement négocier ou tâcher de négocier une paix séparée. Or, qu’un souverain allemand, c’est-à-dire ennemi de la Russie, vint en territoire russe en pleine guerre, c’était une lourde accusation. D’où la réaction extrêmement violente des membres de la dynastie.

Par ailleurs, il était évident que Mrs Anderson n’était pas seule. Derrière elle, un groupe non pas la manipulait mais la mettait en scène, la propulsait, faisait sa propagande et lançait une immense campagne médiatique. A l’époque circulait une explication sur les activités de ce groupe. Le tsar, avant la première guerre mondiale, possédait un énorme compte en banque à Londres avec des sommes gigantesques. Le groupe qui mettait en scène Anastasia le savait et se disait que si Anastasia était reconnue comme la fille du tsar, elle aurait hérité de ce compte en banque et donc eux-mêmes en auraient profité. Donc, il y avait tout un lobby d’intérêt derrière elle. Ce que les membres de ce groupe ignoraient, c’est ce que Nicolas II avait, au début de la guerre, dit à sa cousine germaine, la sœur de mon père, la grande-duchesse Marie Georgevna : « Tu sais Ninny, j’avais un gros compte à Londres mais j’ai pensé que c’était antipatriotique de le laisser à l’étranger. Aussi, dès le début des hostilités, je l’ai rapatrié ici, chez nous, en Russie ». Evidemment, le compte avait disparu dans les poches bolchéviques mais, cela, les commanditaires de Mrs Anderson, l’ignoraient.

Par contre, la famille, c’est-à-dire tous les princes apparentés à la dynastie russe, était persuadée de deux choses. D’abord que Mrs Anderson, vraie ou fausse, était convaincue d’être la grande-duchesse, elle ne jouait pas, elle avait la foi. Deuxièmement, que la fausse Anastasia, c’est-à-dire Mrs Anderson, avait certainement connu la vraie. D’où l’hypothèse que Mrs Anderson, dont on se rappelle qu’elle avait été repêchée d’un canal à Berlin après la guerre alors qu’elle avait tenté de se suicider, c’est ainsi qu’elle était apparue en lumière, et devenue la fausse Anastasia.


Mrs Anderson, était probablement la fille d’une femme de chambre polonaise de la dernière impératrice. L’enfant qui avait le même âge qu’Anastasia jouait peut-être avec elle. Peut-être l’impératrice donnait-elle à sa femme de chambre des vieux habits, des vieilles poupées d’Anastasia pour sa fille. Et ainsi, petit à petit, l’enfant s’était persuadée qu’elle était Anastasia.

Bien que le mystère du massacre de la famille impériale soit désormais élucidé, il reste beaucoup de zones d’ombre, particulièrement sur ceux qui se trouvaient à Iekaterinbourg et qui approchaient la famille impériale. On pense qu’ils étaient beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit aujourd’hui. Peut-être parmi eux y avait-il la femme de chambre polonaise de l’impératrice et donc sa petite fille qui petit à petit se prenait pour Anastasia.
Le mystère est encore loin d’être résolu…


par Prince Michael of Greece

Un commentaire pour “LA FAUSSE ANASTASIA ( suite)


  1. Dominique

    I never believed Mrs. Anderson to be Grand-Duchess Anastasia N. ROMANOV. I do believe in the Native American Spirit. Thank You for all those stories.

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