La comtesse et la grande dame juive

Mon ami Eric m’a raconté cette histoire qu’il tient directement d’une des deux héroïnes.

La comtesse d’A. habite avec son mari un vaste appartement sur le Champ de Mars. Elle est charmante, ouverte, intelligente. Le mari est un vieux scrogneugneu antipathique, antisémite.

S’installe à l’étage un ménage dont le nom seul, Blumenthal, indique la race. Le comte d’A. enrage. Chaque fois qu’il rencontre dans l’escalier les nouveaux occupants, il grommelle « sales juifs » assez fort pour être entendu. Du coup, il trouve sur son paillasson des crottes de chien aimablement laissées par Monsieur Blumenthal. Les injures antisémites se multiplient chez le comte d’A. comme les crottes de chien sur son paillasson.

Lycée Charlemagne, stairwell

Finalement, un soir, la comtesse d’A revenant trouve une pyramide de crottes de chien. Alors, elle monte à l’étage et sonne. Madame Blumenthal lui ouvre « Ecoutez, madame, nos maris sont ridicules, le mien avec ses injures, le vôtre avec ses crottes de chien. Est-ce pour cela que nous devons nous faire la guerre ? » – « Je sais, toute votre famille est morte en camp de concentration, assassinée par les Nazis. Eh bien, apprenez que toute ma famille est morte guillotinée, assassinée par les révolutionnaires de 1789. Alors, nous devrions nous entendre ».

Madame Blumenthal qui ignorait ces atrocités ouvre d’abord de grands yeux, puis elle ouvre ses deux bras et serre sur son cœur la comtesse d’A. Depuis, elles sont les meilleures amies du monde.

 


par  Prince Michael of Greece