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LA DUCHESSE ET LE GENDARME

Louise Marie Adélaïde de Bourbon était la fille du duc de Penthièvre, unique héritier de tous les bâtards de Louis XIV et de la Montespan. Elle était l’héritière la plus riche de France. Philippe d’Orléans duc de Chartres, futur Philippe Egalité, la demanda en mariage.
Louis XV conseilla à son grand ami et cousin le duc de Penthièvre de refuser. Le jeune duc de Chartres avait une épouvantable réputation mais le duc de Penthièvre n’était pas mécontent de voir par ce mariage son illégitimité supprimée puisque sa fille allait épouser un Bourbon Orléans légitime. Il accepta.

La duchesse fut malheureuse. Son mari la trompait abondamment mais, contrairement à celui-ci, elle eut le privilège de survivre à la Révolution. Bien que très appauvrie par la Révolution, elle gardait assez d’argent pour se payer la pension Belhomme. Cette crapule tenait dans un somptueux hôtel un hôtel de luxe. On y mangeait merveilleusement, on y faisait de la musique, on jouait aux cartes, bref on y vivait comme dans l’ancien régime. Les clients étaient des aristocrates recherchés par le tribunal révolutionnaire qui s’y abritaient.

Belhomme avait des accointances avec les révolutionnaires et, contre émoluments, ses clients pouvaient survivre tant qu’ils avaient de l’argent. Dès qu’ils ne pouvaient plus payer, ils étaient livrés au tribunal révolutionnaire qui les envoyait à la guillotine.

Petit à petit, les clients s’amenuisèrent, les aristocrates n’avaient plus d’argent et lorsqu’arriva le 9 Thermidor et que Robespierre fut renversé mettant fin à la Terreur, il ne restait plus qu’une seule cliente dans l’hôtel, la duchesse d’Orléans assez riche pour avoir pu payer jusqu’à la fin. Belhomme fut immédiatement guillotiné et la duchesse demeura seule dans l’hôtel.

Entretemps, elle s’était éprise d’un gendarme nommé Rouzet et elle vivait avec lui le parfait amour. Cependant, ils ne pouvaient rester en France. Un décret du Directoire exila les rares membres survivants de la Maison de Bourbon. La duchesse partit donc en diligence avec le cher Rouzet.
Jusqu’à la frontière, ce fut Rouzet, gendarme révolutionnaire, qui donnait des ordres et qui était le chef. Tout le monde s’inclinait devant lui. Puis, on entra en Espagne et les choses changèrent. Le gendarme révolutionnaire n’avait plus sa place mais la duchesse d’Orléans, veuve, cousine du roi d’Espagne, était la patronne.

Ils s’installèrent à l’étranger et vécurent tranquillement, calmement, discrètement. Puis, une fois de plus, la situation changea. Napoléon qui avait succédé à la Révolution tomba à son tour et les Bourbon purent retrouver leur pays et leur fortune. La duchesse revint à Paris toujours suivie de Rouzet. Elle obtint de son cousin Louis XVIII devenu roi qu’il titrât le fidèle gendarme, lequel devint du coup comte de Folmon.

Hélas, Rouzet le gendarme comte mourut un jour au désespoir de la duchesse. Elle venait de faire construire un panthéon pour sa famille à Dreux. Rouzet Folmon fut enterré en grandes pompes dans un magnifique tombeau.

Puis, la duchesse mourut à son tour. Son fils héritier Louis-Philippe alors duc d’Orléans ne pouvait supporter Rouzet, l’amant de sa mère et peut-être son mari. Il ressentait cette alliance comme une honte et en voulait beaucoup à Louis XVIII de l’avoir titré. Aussi, la première chose qu’il fit fut de déterrer le malheureux Rouzet, détruire son tombeau et mettre son cercueil sous une dalle anonyme du panthéon de Dreux.

Mon oncle le comte de Paris connaissait l’emplacement. Aussi, à chaque 2 novembre, alors que nous nous réunissions dans le panthéon pour prier pour les morts de la famille et que nous visitions leurs tombes, à commencer par celle de Louis-Philippe, oncle Henri nous montrait la dalle sans aucune inscription sous laquelle était enterré l’ancien gendarme.


par  Prince Michael of Greece

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