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Marie Laveau

LA REINE DU VAUDOU Partie 1/3

Marie Laveau est née en 1794, baptisée et inscrite sur le registre de la paroisse. Ses origines restent, il est vrai, toujours nébuleuses : en elle se mêlaient le sang noir et le sang blanc. On soupçonnait qu’elle avait aussi du sang indien. Certains affirmaient même qu’elle était la fille d’un aristocrate blanc et d’une esclave noire.

En 1819, ainsi que le rappellent les registres de la paroisse, Marie Laveau épousa un menuisier du nom de Jacques Paris, mulâtre comme elle, et comme elle libre, non esclave. Ils menèrent une vie tranquille, respectable et plutôt discrète. Trois ans plus tard, le mari mourut. Marie Laveau le pleura peut-être, mais ne sembla pas le regretter beaucoup. Elle se mit à fréquenter Congo Square. C’était, à la porte de la Nouvelle-Orléans, un lieu où les esclaves se réunissaient tous les samedis pour chanter, danser, en fait pour retrouver leur identité à travers la culture africaine. Marie Laveau était superbe, ses yeux noirs scintillaient sur son visage à l’ossature parfaite, elle avait la peau soyeuse et plutôt claire pour une mulâtre. Elle se vêtait d’une façon quelque peu ostentatoire, avec de longues jupes très amples, beaucoup de gros bijoux, des fleurs, des plumes. Etant donné sa beauté et son allure de reine, elle pouvait se le permettre… Elle devint vite la vedette des spectacles improvisés de Congo Square. Tous et toutes autour d’elle croyaient au vaudou. Ils le pratiquaient. Marie Laveau s’y intéressa.

Venu d’Afrique, ce culte était arrivé en Amérique avec les conquérants espagnols et leurs esclaves. Il se mêlait au christianisme, ainsi qu’aux anciennes croyances des Indiens d’Amérique. Il en résulta un syncrétisme confus. Le vaudou, assimilé par le grand public à la magie noire, prend effectivement ses racines dans le domaine inépuisable et mystérieux de l’invisible. Certains sorciers l’utilisaient à mauvais escient, pour faire le mal, pour rendre malade, pour annihiler la volonté, pour tuer. D’autres s’en servaient pour faire le bien, pour guérir, pour sauver. De toute façon, ses rites entourés de secret étaient systématiquement impressionnants, voire terrifiants, afin de maintenir à l’écart les indésirables et d’ancrer les adeptes.

Le vaudou restait essentiellement matriarcal, ses officiants étant presque toujours des femmes. Il se fondait sur la fertilité et proclamait la liberté sexuelle. Éduquée par une prêtresse, Marie Laveau monta rapidement les degrés de l’initiation et devint elle-même prêtresse. Incontestablement, elle possédait le don. Elle faisait encore profession de coiffeuse, ce qui lui permettait de recruter les futures adeptes : femmes en mal d’amants, jeunes filles en mal d’amour… bientôt les hommes eux-mêmes vinrent quémander son intercession.

En ce temps-là, un jeune homme de la plus haute société vint la trouver. Il avait des ennuis, il était accusé d’avoir violé une jeune fille de classe modeste, dont le père le traînait en jugement. Ses avocats étaient pessimistes, les preuves étaient irréfutables. Le jeune homme, ne sachant à quel saint se vouer, choisit plutôt le diable et se mit à genoux devant Marie Laveau en la suppliant de l’aider. Il lui assura que si elle le sauvait, elle serait bien récompensée. Marie Laveau promit. La veille du jugement, le jeune homme avoua à son père sa visite à la sorcière. Celui-ci haussa les épaules :

-– Tu es ridicule, mais si elle réussit, je lui donnerai mon cottage de la rue Sainte Anne.

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Le lendemain, Marie Laveau, dès six heures du matin, se rendit discrètement dans la salle du tribunal et déposa sur le coin droit du bureau du juge une mixture aux parfums exquis qu’elle avait concoctée. Puis elle alla placer un sac de briques pilées devant la résidence de ce dernier, avec un billet qu’elle cloua sur sa porte : « Le jeune homme est innocent » – billet qu’elle eut le toupet de signer de son nom, Marie Laveau. Le procès commença mal : l’accusateur public soutint que si on laissait libre l’accusé, aucune jeune fille ne serait plus protégée… Marie Laveau saisit un morceau de papier, y plaça quelques-uns de ses cheveux, en fit une boule et la lança vers l’orateur, lequel arrêta aussitôt sa péroraison et annonça qu’il laissait finalement le jury décider.

Et le jury, à l’unanimité, rendit un verdict de non-culpabilité ! Fidèle à sa promesse, le père de l’innocenté offrit à Marie Laveau le cottage du 152 rue Sainte-Anne, qui restera sa résidence toute sa vie.

A SUIVRE


par  Prince Michael of Greece

2 commentaires pour “LA REINE DU VAUDOU Partie 1/3


  1. Emily

    Marie Laveau is still well known in the deep south (I am from Alabama) and is a bit of a legend, especially along the Gulf Coast in places like Mobile, Biloxi, and of course New Orleans. Thank you for sharing her history!


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