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L’ANTIQUAIRE DE MUNICH

Il y a bien longtemps, je voyais chaque été, au Festival de Musique de Salzbourg, une dame assez âgée, visiblement fort riche et visiblement fort désagréable. Tout le monde semblait l’éviter. Je n’y fis pas attention jusqu’à ce qu’un été, je ne la vis plus. Je m’enquis. Elle était morte. Et alors j’appris son histoire.

Avant la guerre, elle tenait une petite boutique d’antiquités à côté d’un immense magasin appartenant au plus célèbre antiquaire de la ville, juif. Elle l’épousa ou plutôt se fit épouser par lui et sauta de sa boutique dans les vastes espaces de son mari. Arriva le nazisme. Elle dénonça son mari qui fut envoyé en camp de concentration à Ravensbrück où il mourut.

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Elle resta seule propriétaire des lieux et fit de fructueuses affaires avec des clients à la croix gammée. Arriva la libération, elle se présenta comme la veuve d’une éminente victime du nazisme. Elle garda ses biens et son magasin, mais elle ne gagna jamais la sympathie du public.

Comment était-elle morte alors qu’elle était en parfaite santé ? Elle était montée un matin dans sa Mercédès, elle se faisait conduire dans un village près de Munich chez un de ses clients. La route était verglacée, la voiture glissa, heurta violemment un panneau indicateur. Le socle lui fit le coup du lapin, elle mourut instantanément. Sur le panneau indicateur, il y avait écrit « Ravensbrück ».


par  Prince Michael of Greece

4 commentaires pour “L’ANTIQUAIRE DE MUNICH



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