• fr
  • en

L’ARRIERE-GRAND-MERE DE YANNI

Yanni est le chef de la plus grande famille de Spetses. C’est aussi un des plus renommés experts en papillons des Balkans. C’est mon contemporain, c’est mon ami.

L’histoire de sa famille est intéressante. Ses ancêtres, au début du 19ème siècle, étaient des armateurs. Mais il y avait le blocus anglais ordonné par Nelson. Alors, tranquillement, on faisait de la contrebande avec les Français, avec la bénédiction des autorités ottomanes dont il fallait simplement graisser la patte.

Cet intéressant commerce fut interrompu lorsque les Grecs se soulevèrent contre les Turcs. Au début, les armateurs spetsiotes, dont la famille de Yanni, virent d’un très mauvais œil ce mouvement qui mettait fin à leur lucrative entreprise. Et puis, ils furent emportés par le courant patriotique. Ils armèrent leurs navires et les jetèrent dans la bataille contre les Turcs.

La famille de Yanni trouva à côté d’elle dans le même camp mais aussi un peu en face d’elle, la fameuse Bouboulina, l’héroïne de l’indépendance grecque sur laquelle j’ai écrit un livre.

Elle n’était pas de Spetses mais elle avait épousé un Spetsiote et s’était lancée dans la guerre contre les Turcs. Seulement, voilà, elle n’en faisait qu’à sa tête. Non seulement ça mais son fils avait enlevé la très riche fille d’un lointain cousin de l’arrière-grand-père de Yanni avec l’intention d’épouser une grosse dot.
Le père était venu réclamer la fille. Bouboulina était apparue au balcon et, au lieu de lui rendre la fille, l’avait copieusement insulté. Cela, l’ancêtre ne pouvait pas le supporter et il revolvérisa l’héroïne.

Quant à l’arrière-grand-mère de Yanni, elle était tellement bonne, tellement généreuse, tellement aimée que tout le monde, non seulement dans sa famille mais dans l’île, l’appelait Manoula, la petite mère.

Elle avait eu un fils tué par les pirates algériens, ce qu’elle n’avait jamais pardonné. Et voilà qu’un des navires de Manoula, navire de commerce mais fortement armé, attaqua un autre bateau de pirates algériens.
On tua tous les hommes, on fit prisonniers les femmes et les enfants qui se déplaçaient avec leurs maris pirates et on les enferma dans le souterrain de la maison de Manoula avec l’intention soit de les employer comme domestiques esclaves, soit de les vendre comme tels.
Mais voilà, les enfants pleuraient et criaient, faisaient beaucoup, beaucoup de bruit. Alors Manoula s’agaça. « Ils font trop de bruit, noyez-les », ce qui fut fait.
Et le fils de Manoula fut vengé.