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LE BRIGAND TRANSFIGURE

C’était en Grèce au début du 19ème siècle sous le règne du roi Othon de Bavière. Le nord d’Athènes, la région du Mont Pentélique, était ravagé par un brigand insaisissable, d’une audace sans limite et d’une cruauté égale, Christos Davelis. En plus, on disait qu’il était fort beau, à tel point qu’il aurait séduit la duchesse de Plaisance. Sophie de Marbois était la veuve de Lebrun, un des trois consuls de Bonaparte.

Excentrique, elle s’était installée en Grèce. Elle avait construit, justement sur un des pans du Mont Pentélique, une splendide villa et l’on assumait qu’un souterrain reliait sa demeure à la grotte où se cachait le beau brigand.

Ce dernier, un jour, dépassa la mesure. Il me semble me rappeler qu’il avait enlevé la femme d’un diplomate anglais ainsi que sa suite venue en excursion dans les environs. Alors, le roi Othon se fâcha et déchaîna des forces de police contre Davelis. Finalement, il fut attrapé, jugé et exécuté. Pour servir d’exemple on fit décapiter son cadavre et exposer sa tête à la porte d’Athènes.

 

Passant par là le grand peintre grec Litri prit une photo du sanglant débris, photo qu’il rangea dans des dossiers, dossiers qu’il emmena à Munich où il alla travailler pendant un certain temps. Il y devint l’ami du peintre allemand Gabriel Cornelius Von Max.

Un jour que l’artiste allemand se trouvait dans l’atelier de Litri et farfouillait dans ses dossiers, il tomba sur le portrait de Davelis décapité. Il s’enquit auprès de Litri de l’identité de son modèle « C’était le plus terrible brigand que la Grèce n’aie jamais connu, un homme impitoyable, féroce » – « Et pourtant, le contredit von Max, je le vois sur cette image, cet homme a rencontré Dieu au moment de mourir. Vous avez là le portrait d’un saint, d’un grand saint ».

 

Litri crut que Von Max était nettement dérangé. « Puisqu’il vous intéresse tellement, je vous offre son portrait ». Von Max, l’artiste allemand comblé, emporta avec grand soin le portrait et s’en servit pour peindre son œuvre la plus célèbre « Le voile de Véronique » reproduit à des millions d’exemplaires.

Si l’on regarde attentivement ce visage, on voit bien sûr la beauté du modèle mais aussi les lèvres sensuelles et l’expression presque cruelle qui ne conviennent absolument pas à l’image du fils de Dieu et cependant l’effigie d’un bandit grec est aujourd’hui partout vénérée comme l’image même de notre Sauveur.


par  Prince Michael of Greece