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LE COMPTABLE DE LOUIS-PHILIPPE

Louis-Philippe comptait parmi ses employés au Palais-Royal, un petit fonctionnaire des services de comptabilité. Soi-disant chargé d’additionner les dépenses du mois, en fait il écrivait des vers en secret, dont il rêvait de faire une pièce de théâtre.

Un jour, au lieu d’être à son bureau, il se promenait dans les greniers du Palais Royal et tomba par hasard sur un bas-relief en plâtre qui représentait une dame en costume du XVII siècle, pointant du doigt des spadassins ( hommes de mains) qui perçaient de leurs épées un homme allongé par terre.

Sur le pied de la sculpture il y avait un simple nom écrit en grandes lettres, Christine.

 

 

 

 

 

L’employé alla trouver le bibliothécaire du Palais-Royal qui, par amitié, lui prêtait souvent des livres. Il lui demanda la signification de ce bas-relief. Le bibliothécaire lui expliqua qu’il s’agissait de l’histoire de la reine Christine de Suède.

Comme le comptable ignorait tout de la souveraine, le bibliothécaire lui raconta que lorsque la reine Christine de Suède, après son abdication, avait séjourné au château de Fontainebleau, elle avait appris que son amant Monaldelshi la trompait. Elle l’avait fait assassiner par ses sbires dans la galerie du château. Un sculpteur romantique mais peu doué s’était inspiré de cet événement tragique pour composer le bas-relief.

Christine de Suède®Museo del Prado

Le bibliothécaire prêta au comptable une biographie de la reine Christine, que ce dernier lu d’un trait en une nuit. La même nuit, il écrivit une pièce en vers qu’il intitula sobrement Christine. C’était l’histoire des dramatiques amours de la souveraine.

En cachette il alla présenter cette pièce aux principaux théâtres qui la refusèrent. Finalement c’est un minuscule théâtre de banlieue qui accepta de la monter.

Arriva le soir de la première. Le comptable se dit qu’il n’avait qu’une seule chance de voir son œuvre remarquée. Il demanda audience au Roi.

Louis-Philippe, ®Winterhalter 1845

Louis Philippe le reçut avec l’amabilité qui le caractérisait. Le comptable avoua tout : Au lieu de faire les comptes du roi, il avait composé une pièce. Le roi avait donc deux choix : Chasser son comptable qui ne faisait pas son travail ou accepter d’assister à la première de sa pièce, et lui assurer ainsi le succès. Louis-Philippe éclata de rire devant le toupet de son comptable ; il aimait l’audace.

Il accepta son invitation non seulement pour lui-même mais aussi pour la reine, les princes et les princesses. La nouvelle se répandit et les mondains, les journalistes, les critiques accoururent dans le petit théâtre de banlieue assister à la première de la pièce Christine.

Ce fut un triomphe absolu qui lança ainsi la carrière d’un piètre comptable nommé Alexandre Dumas.

Alexandre Dumas


par  Prince Michael of Greece

2 commentaires pour “LE COMPTABLE DE LOUIS-PHILIPPE



  1. Claire Meilhon

    Belle histoire. Parmi nos contemporains il y a peut être une destinée semblable, qui sait !

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