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LE MAHARADJAH DE GWALIOR ET SES BANDITS

Il y a bien des décennies, nous avions été les invités du somptueux maharadjah de Gwalior, ministre du gouvernement et énorme personnalité. Il nous avait parlé de ses dacoïts. Ce sont les bandits locaux qui occupent la savane. Ils étaient organisés en bandes, la plus célèbre à l’époque étant dirigée par une femme, Phoula Devi, laquelle avait été violée dans son enfance et se vengeait ainsi de ce traitement. Les dacoïts attaquaient la plupart des automobilistes de la région. Ils étaient impitoyables et admirablement organisés. Cependant, ils avaient des relations non dites et privilégiées avec leur souverain, le maharadjah. Il était entendu que les dacoïts ne touchaient à personne qui fut sous la protection déclarée du maharadjah. Aussi, celui-ci nous avait affirmé que nous pouvions voyager tant que nous voulions dans ses états, même dans la savane la plus sauvage, personne ne nous attaquerait. Effectivement, c’est ce qui se passa.

Cependant, peu avant notre venue, il y avait eu un drame. Les dacoïts avaient osé tirer sur la voiture de la rajmata, la mère du maharadjah, un blasphème impensable. Le maharadjah les avait convoqués dans son palais. Les dacoïts étaient arrivés penauds. Ces fiers bandits, généralement le couteau aux lèvres, se jetèrent à genoux devant le maharadjah pour lui demander pardon. Celui-ci continuait à être indigné mais surtout surpris :

« Mais enfin, qu’est-ce qui vous a pris ? »

« Pardonnez-nous, pardonnez-nous, seigneur, mais nous avons cru que c’était la voiture du consul d’Angleterre ».

Les dacoïts ignoraient que la rajmata de Gwalior était bien capable de leur tenir tête. Personnalité plus forte, plus décidée, plus énergique, plus extrême ne se pouvait concevoir. Elle s’était lancée dans la politique et remuait des montagnes. Toujours le plus modestement habillée, sans un seul bijou, toujours sur la route, elle dominait tous ceux qui l’approchaient.

Le premier ministre de l’Inde, la cruelle Madame Indira Gandhi, ne pouvait la laisser tranquille, ainsi que l’autre maharani lancée dans la politique et son opposante, la maharani Aïcha de Jaipur. Elle jeta les deux femmes en prison et par une cruauté digne d’elle, elle les fit enfermer avec les péripatéticiennes. La maharani de Jaipur se lamentait, la rajmata de Gwalior, elle, gagnait ses compagnes de cellule. Il lui fallut un rien de temps pour les transformer en esclaves dévouées.

Aussi, lorsqu’au bout de quelques mois, elle fut libérée, les péripatéticiennes en larmes s’agenouillèrent sur son passage, lui lancèrent mille vœux et remerciements et lui demandèrent de les bénir.


par Prince Michael of Greece