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Le Portrait Familial, III

Ma mère Françoise avec Amédée de Savoie, duc d’Aoste, son cousin germain et beau-frère.

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Tout le monde aimait Amédée d’Aoste. Il était grand, beau, sans façons, d’un abord toujours sympathique. C’était aussi un héros. Sa mère Hélène de France était la sœur de ma grand-mère Isabelle et, de plus, il avait épousé la sœur de ma mère, Anne de France. Une profonde amitié, presque une complicité, liaient les cousins germains. Nommé par Mussolini vice-roi d’Abyssinie, il défendit cette colonie contre les troupes anglaises. Vaincu et fait prisonnier, il mourut en camp d’internement britannique au Kenya.

 

Arrivée officielle à l’aéroport d’Amman, Jordanie, printemps, 1964.

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Le roi Constantin, mon cousin, m’envoya inviter officiellement plusieurs potentats à son mariage. Je commençais par la Jordanie. Me reçut à l’aéroport le frère du roi, le prince Mohammed, avec qui je passe en revue un détachement d’honneur. Le roi Hussein devait me recevoir le plus aimablement du monde. Cet homme petit, chaleureux et timide, m’impressionna grandement lui aussi par sa personnalité très puissante, comme par son étonnant courage.

 

Le comte et la comtesse de Paris galopant dans la forêt de Soignies, Bruxelles, 1930.

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Le frère de ma mère, Henri comte de Paris, se trouvait exilé de France du fait qu’il était l’héritier nominal du trône. Il vivait avec ses parents, mes grands-parents, en Belgique. Avec sa femme Isabelle d’Orléans Bragance, une lointaine cousine, il aimait chevaucher dans les bois. C’était l’époque où ce jeune ménage était particulièrement amoureux. Sur le tard, le comte de Paris changera d’attitude vis-à-vis de sa femme.

 

Le retour de la monarchie en Grèce après la seconde guerre mondiale, septembre, 1946.

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L’invasion en 1940 des troupes allemandes força la famille royale à s’exiler. À la fin de la guerre et malgré une tentative de prise de pouvoir par les partisans communistes, le pays libéré vota par référendum le retour de la monarchie. Elle était représentée par le roi Georges II à gauche sur la photo, par son frère Paul et sa belle-sœur Frederika. Le jour de leur retour à Athènes, ils apparurent au balcon de l’ancien Palais Royal place de la Constitution. Quelques mois après, le roi Georges II mourait d’une embolie. C’était le 1er avril. Lorsque la radio l’annonça, beaucoup crurent à une mauvaise plaisanterie. Lui succédèrent son frère Paul et sa belle-sœur Frederika. Georges II était mon cousin germain malgré la différence d’âge et mon parrain. Cet homme austère, tout de devoir, réservé, tenace, était grandement estimé par ma mère.

 

Enterrement du roi Paul de Grèce, Athènes, mars, 1964.

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Le roi Paul, mon cousin germain mais que j’appelais mon oncle vu notre différence d’âge, mourut après une longue maladie. Il laissa des regrets universels. Cet homme était estimé même des adversaires de la monarchie. Cultivé, courtois, bienveillant, toujours souriant, il avait mieux qu’aucun souverain de la dynastie compris la mentalité grecque et sut se rendre infiniment populaire. Par-dessus tout, c’était un homme sage et humain. Son enterrement fut suivi par une foule immense. Ici, le cercueil posé sur une prolonge d’artillerie arrive en haut de la rue Ermou. On distingue au-dessus du cercueil la couronne royale ciselée pour le premier souverain de la Grèce indépendante le roi Otton. Au fond de la photo, on voit l’église de la Kapnikarea le totem d’Athènes.

 

Départ pour l’exil du prétendant au trône de France le comte de Paris, 1886.

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En 1886, Louis Philippe comte de Paris était le petit-fils du roi Louis Philippe en faveur de qui celui-ci avait abdiqué lors de la révolution de 1848. Il avait alors 10 ans. Il s’engagea entre autres dans les troupes nordistes lors de la guerre civile américaine. Il put revenir en France à la chute du Second Empire en 1871 mais il inquiétait la république par sa popularité, par les puissants moyens dont il disposait. En 1886, il fiança sa fille aînée Amélie à l’héritier du Portugal, le duc de Bragance. À cette occasion, il donna une immense réception dans sa résidence parisienne, l’hôtel Matignon, aujourd’hui siège du premier ministre français. Cette réception eut tant d’éclat, tellement de personnalités y participèrent que la république prit peur et vota hâtivement une loi exilant le chef de la Maison de France et son héritier. Le comte de Paris dut s’incliner. Il quitta son château d’Eu en Normandie et s’embarqua au Tréport sur un steamer à destination de l’Angleterre, sa terre d’exil. Ma grand-mère, sa fille, aimait passionnément ce père discret, profondément bon, un homme d’une grande dignité et d’une profonde générosité d’âme. Sur la photo, les voitures amènent jusqu’au navire l’exilé ainsi que sa femme et ses enfants.

 


par  Prince Michael of Greece

3 commentaires pour “Le Portrait Familial, III


  1. Apostolos Tsakpinis

    Michel de Grece is one of my favourite authors! Always breathtaking wellwritten, sometimes even with lots of humour, articles, books, posts, about old times, royals, ghosts, memories, history persons-sometimes relatives at the same time! Pls accept my congratulations YRH!


  2. Lois de Menil

    Dear Michel, This is all so interesting and so personal at the smae time.. A pleasure to read. Lois


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