LE RÊVE TRAGIQUE DE CAWNPORE

Au milieu du 19ème siècle, une jeune épousée anglaise faisait très souvent, trop souvent, le même cauchemar. Elle se trouvait dans une ville inconnue et, de toute évidence, dans un pays exotique. Les émeutes éclataient, une foule haineuse, déchaînée, la poursuivait à travers les rues. Elle parvenait à se réfugier dans l’église où elle retrouvait des centaines de ses compatriotes qui, eux aussi, avaient été menacés et bientôt les émeutiers enfonçaient les portes et les massacraient jusqu’au dernier. Elle s’était vue mourir.

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Un jour, son mari, un jeune et prometteur fonctionnaire, fut nommé en Inde. Ils partirent tous les deux, heureux de découvrir ce pays fabuleux. Le mari avait été posté dans la ville de Cawnpore. Lorsque le navire fluvial qui les y amenait approcha de la ville, la jeune femme poussa un cri d’horreur. Cawnpore était la cité de ses cauchemars. Son mari tâcha de la raisonner, il lui fit décrire en détails ce qu’elle avait vu dans ses rêves. « Tu vois, s’exclama-t-il, tu t’es trompée. Il n’y a pas d’église ». La jeune femme dut en convenir.

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Ils s’installèrent, la jeune femme parvint à oublier son cauchemar. Elle s’adapta, elle se mit à aimer l’Inde. Ils passèrent ainsi plusieurs années fort heureuses, puis le mari obtint plusieurs mois de congé. Ils s’embarquèrent et furent heureux de revoir leur pays comme, après une demi-année, ils furent heureux de retrouver leur foyer indien.

Entretemps, Cawnpore s’était développée et lorsque la jeune femme revit la ville, elle eut un haut le cœur et l’angoisse étreignit son cœur. Pendant son absence, les Anglais avaient édifié une église qui n’existait pas avant le départ de la jeune femme, une église qui ressemblait au détail près à celle de ses anciens cauchemars.

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Quelques semaines plus tard, la révolte des Cipayes de 1857 éclatait. Poursuivie par une meute déchaînée, la jeune femme se réfugia dans l’église pour y retrouver des centaines de ses compatriotes. Les émeutiers y pénétrèrent et les massacrèrent jusqu’au dernier. La jeune femme se vit mourir.


par  Prince Michael of Greece