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LES BOURBONS DE BHOPAL

Il y a des années, j’étais tombé sur la piste d’une branche de la dynastie des Bourbons qui se seraient installés en Inde à Bhopal. Difficile de trouver des traces, des preuves, et pourtant, l’originalité de l’histoire me séduisit. Je fis de longues recherches. Si Bourbons il y avait, en tout cas ils n’appartenaient pas à l’arbre généalogique officiel de la dynastie, ils n’étaient nulle part. Par contre, à force de déductions, j’en arrivais à conclure que le premier aurait été le fils du tragique et aventureux Connétable de Bourbon à la Renaissance.

L’histoire de ce Jean-Philippe de Bourbon se lisait comme vingt romans d’aventures à travers la France, l’Italie, le Moyen Orient, l’Ethiopie, l’Inde. Il avait connu une brillante carrière dans les troupes du Grand Moghol Akbar qui l’avait récompensé en lui offrant une petite principauté et la sœur de sa femme chrétienne, une Portugaise. J’appris qu’il avait des descendants et je décidais d’aller leur rendre visite.

Bhopal est une opulente ville surchargée d’Histoire et de monuments.
La dynastie qui avait régné sur Bhopal du temps des maharadjahs était musulmane et portaient donc les titres de nabab et de bégum. Exemple unique au monde, sur Bhopal avait régné une succession de quatre bégums. Des femmes sur le trône, du jamais vu dans l’Islam ! Elles avaient exercé le pouvoir avec autorité et panache, sans rompre les traditions. Photo inoubliable de la bégum fin 19ème siècle, toute petite et rondelette, passant en revue ses troupes, vêtue d’un tchador, ce même tchador qu’elle mettait pour s’asseoir dans son carrosse à côté du vice-roi anglais venu lui rendre visite.

Je rencontrais les descendants de ces extraordinaires femmes, tous d’une noblesse, d’une élégance, d’une courtoisie et d’une culture incomparables. Pas tout à fait comme les descendants de mes lointains oncles Bourbon. J’allais leur rendre visite dans une banlieue très populeuse de Bhopal. Ils y possédaient une école au milieu du terrain de laquelle se dressait une somptueuse villa inscrite « Bourbon House » ornée de grosses fleurs de lys en bronze doré. Et, effectivement, ce nom de Bourbon qui retentit dans toute l’Histoire de l’Europe était inscrit sur leur passeport indien. A part cela, ils n’avaient pratiquement aucune idée de leurs prodigieuses origines. Sauf une vieille tradition qui leur avait appris d’être dignes de leur nom. Pendant des générations, les Bourbons de Bhopal avaient été les diwan, c’est-à-dire les premiers ministres des bégums de Bhopal, et peut-être l’un d’eux avait été un peu plus. Puis, la dynastie régnante les avait chassés, les avait jetés dans la disgrâce et leur avait pris, à leurs dires, pas mal de leur fortune. Ils subsistaient dans un certain confort mais sans aucun souvenir. Ils étaient restés chrétiens.

Ils me reçurent avec toute l’hospitalité indienne mais aucun vin à table. Ils ne buvaient pas d’alcool. Je ne pus m’empêcher de leur faire remarquer que c’était loin d’être dans la tradition des Bourbons. Le chef de la famille portait un premier prénom étrange mais sympathique de Balthazar mais le second, c’était Napoléon, ce que je lui affirmais ne pas convenir du tout à un membre de cette illustre dynastie. En fait, cette famille sympathique, quelque part modeste, était consciente d’avoir été baignée dans une fabuleuse légende mais n’avait aucune idée de comment l’affronter. J’eus le privilège de leur apprendre ce que je croyais leur histoire et de leur montrer ce qu’avaient été les Bourbons de France. Ils absorbèrent et, du coup, digérèrent.

Plusieurs années après ma visite, j’appris que Balthazar Napoléon de Bourbon avait donné des titres français à ses enfants et qu’il avait nommé des représentants un peu partout en Europe de son illustrissime famille.

 


par Prince Michael of Greece