Les Cathares

Au IIIe siècle après Jésus Christ, surgit dans l’empire persan un mage exceptionnel, Mani, qui mélangea la religion de son pays, celle du feu fondée par Zoroastre avec le christianisme selon une recette explosive de sa façon. Il finit mal, exécuté par le shah de l’époque, mais il eut des fidèles qui se multiplièrent. Ceux-ci émigrèrent puis, sous le nom de Pauliciens, réapparurent en Asie Mineure dans la ville de Divrigi perdue au milieu de l’Anatolie où j’allai visiter la plus étrange et probablement la plus belle mosquée de Turquie. Puis, ils refirent surface en Bulgarie sous le nom de Bogomiles, avant de fleurir au sud de la France sous le nom de Cathares.

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Avec eux, on ne s’amusait pas, on ne mangeait pas, on ne buvait pas d’alcool, on ne faisait pas l’amour. Mais c’étaient des hommes purs, honnêtes, humains, généreux et, surtout, incorruptibles. Tout pour déchaîner les foudres de l’Église. Ils gagnèrent les grands seigneurs locaux comme le comte de Toulouse qui voyait chez ces dissidents un moyen détourné d’acquérir une certaine indépendance. Alors se déchaînèrent les foudres de la monarchie française. Les armées du roi et du Pape fondirent sur eux.

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Pour illustrer l’état d’esprit qui régnait chez ces pourfendeurs d’hérétiques, rien n’est plus frappant que la célèbre réponse du légat du pape lors de la croisade contre les Cathares. Après la prise de Béziers, les vainqueurs vinrent lui demander ce qu’il fallait faire des survivants du siège. Le légat ordonna de les massacrer. Les rudes militaires protestèrent. Il y avait, parmi les prisonniers, de nombreux catholiques fidèles au pape. « Tant pis, dit le légat, tuez les tous, Dieu y reconnaîtra les siens ». Ainsi ces fleurs merveilleuses de culture, de tolérance, de pureté qui s’étaient épanouies au sud de la France furent-elles toutes sauvagement piétinées et détruites.

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J’allais visiter ce qu’on appelle les châteaux cathares et, en particulier, le plus célèbre d’entre eux, Montségur, qui avait vu la fin de cette aventure merveilleuse appelée « hérésie ». Derrière les murs de la forteresse, les derniers Cathares avaient soutenu un long siège avant de se rendre. Plus de 200 d’entre eux avaient refusé de retourner au catholicisme et avaient été brûlés au bas de la colline. Je grimpai le raide sentier qui menait vers la forteresse en m’inquiétant sur l’atmosphère que j’y trouverais. Tant de violences, tant de souffrances, tant de morts brutales n’étaient pas pour créer une ambiance sereine et surtout j’étais conscient de descendre de celui qui avait anéanti les Cathares. Or, en pénétrant dans Montségur, non seulement je fus imprégné par une atmosphère de tranquillité, de paix mais encore, contre toute attente je me sentis bien accueilli par les invisibles habitants. « Prince dont les ancêtres nous ont brûlés, soyez le bienvenu » ai-je cru entendre, murmuré à mon oreille.


par  Prince Michael of Greece

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