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LES PENDUS

Ce matin-là, un habitant de Karava avait tout vu. Il se rendit à Hora et dénonça les assassins. Le gouverneur anglais, le matin du 9 octobre 1821, ordonna à l’inspecteur de police de se rendre de toute urgence à Karava. Cet inspecteur s’appelait Jean Kasimatis, un membre d’une de ces dynasties qui, depuis si longtemps, se partageaient le pouvoir à Cythère.

Kasimatis n’eut pas de grandes difficultés à arrêter les coupables qui furent menés sous bonne garde et enfermés dans les geôles de la forteresse de Hora.

Fin novembre, une commission militaire sous la présidence du major Campbell commandant de la garnison de Cythère jugea les sept accusés. Il ne fut pas difficile de prouver leur crime et tous furent condamnés à mort. Les épouses de deux des condamnés décidèrent de tenter l’impossible pour sauver leurs époux. Prenant leurs enfants en bas-âge, elles partirent pour Hora. Elles attendirent que les portes de la forteresse s’ouvrent, puis coururent à l’église du fort et, là, se mirent à geindre, à crier, à supplier, poussant leurs enfants à pleurer et à pousser des cris déchirants. Deux dames se trouvaient dans le bureau du major Campbell.

Attirées par le bruit, elles allèrent à la fenêtre et furent émues par ce spectacle. Les épouses aperçurent les dames et redoublèrent de cris et de supplications, tendant leurs bras vers la fenêtre où elle se tenait. Les dames supplièrent le major Campbell de les recevoir. Il accepta. Cet homme était renommé dans toute l’île pour sa compassion et sa générosité vis-à-vis des pauvres. Il se laissa gagner par l’émotion en entendant les deux femmes le supplier de leur rendre leurs maris et, devant le spectacle de leurs enfants tout jeunes en larmes.
A l’idée que ceux-ci puissent devenir à cause de lui des orphelins, il céda, il ordonna de relâcher les deux assassins et de les réunir avec leur famille… les cinq autres condamnés furent exécutés.

On avait fait venir exprès, pour l’opération, un bourreau de Corfou nommé Spiros. Il dressa des potences sur la petite place dite de Karvela au centre de Hora. Il fit grimper chacun des condamnés l’un après l’autre sur une table à roulettes, leur passa la corde au cou, puis n’eut qu’à pousser la table qui se mit à rouler. La corde se tendit et le condamné étouffa.

Les autorités anglaises ne se satisfirent pas d’une simple exécution. Elles cherchaient à donner une leçon durable en frappant les imaginations. Il fut ainsi ordonné que les cadavres des condamnés fussent, enfermés dans des cages, puis recouverts de goudron afin d’empêcher les corbeaux de les dévorer, le tout suspendus à des potences, bien en vue non seulement du village mais de la mer.
Selon les chroniques de l’ile, les cadavres des condamnés restèrent dans cet état et dans cette position pendant presque cinq ans. Pour un crime aussi énorme, la rétribution se devait d’être énorme.

Si les Anglais croyaient ainsi intimider les Grecs, ils se trompaient lourdement. Par contre, ce qu’ils ignoraient, c’est que leurs pendus allaient, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, connaître une carrière bien inattendue…


par  Prince Michael of Greece

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