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L’ESPAGNE

En 1944, ma grand-mère, notre hôtesse, annonça qu’elle n’avait plus d’argent et ne pouvait plus nous entretenir. En effet, la guerre avait interrompu tout transfert financier d’un pays à l’autre. Il fallut trouver d’autres asiles. Tout le monde s’égaya dans différentes directions.

Ma mère et moi, nous allâmes à Malaga en Espagne. Franco régnait alors. Après sa victoire sur les républicains, il avait rétabli une monarchie sans monarque. L’Espagne était un royaume. Les armoiries royales s’étalaient partout mais point de monarque malgré un prétendant tout à fait légitime, le comte de Barcelone. Franco ne s’entendait pas avec lui.

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Les Alliés accusaient Franco d’avoir été l’allié d’Hitler et l’avaient mis au ban des nations. C’est une profonde injustice car Franco, justement, était le seul à avoir dit « non » à Hitler. Celui-ci s’était déplacé jusqu’à la frontière espagnole pour le persuader entre autres de laisser passer les troupes allemandes à travers l’Espagne vers l’Afrique du Nord. Devant l’entêtement de Franco, Hitler avait trépigné, au comble de la rage, hurlant contre le petit Espagnol rondelet qui, à chacune de ses demandes répondait « No, no, no ». Franco avait cependant accepté, je crois, de livrer du fer espagnol à l’Allemagne et puis c’était, de l’avis général, un tyran.

Donc, il était mis au ban des nations, donc les frontières espagnoles étaient hermétiquement fermées, donc l’Espagne dans laquelle nous vivions mourait de faim. Il n’y avait strictement rien à manger et, en plus, les bandits occupaient les montagnes autour de Malaga. Je me rappelle fort bien de cette pénurie. Jamais de légumes, à peine de fruits, les viandes rares et desséchées, les poissons amaigries, une huile si épaisse que l’on pouvait y faire tenir une cuillère debout, du sucre qu’on vendait mélangé à du sel. Par contre, des gâteaux, beaucoup de gâteaux.

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Franco se demandait comment nourrir son pays, alors il eut une idée de génie. Il invita solennellement en Espagne Evita Perón. Celle-ci, à travers son mari le général Perón, le dictateur, gouvernait l’Argentine. Cette femme de la plus humble origine apparaissait au balcon dans des robes de haute couture et couverte de diamants. Elle s’adressait aux descamisados, les sans chemises, et se faisait acclamer par eux. Elle était l’idole du pays. Elle aurait bien voulu étrenner ses belles toilettes et se faire voir dans les Cours d’Europe. Franco le comprit. Il la reçut comme une reine, carrosse, palais, garde d’honneur, tout y était. Il fut la courtoisie même tandis que madame Franco, osseuse et convenable, regardait d’un air dégoûté la créature scintillante de diamants et très décolletée.

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Je me rappelle fort bien de cette visite que je dégustais aux actualités cinématographiques avant la projection de « Wizard of Oz ». Le résultat de cette visite fut que le blé et la viande argentine se déversèrent sur l’Espagne affamée. Franco avait gagné.

 

 

 

Photographs by Justin Creedy Smith


par  Prince Michael of Greece

4 commentaires pour “L’ESPAGNE


  1. marie-caroline blomme

    Monseigneur,
    Veuillez me permettre de vous dire combien vos « histoires »sont agréables à lire.C’est une excellente initiative,tellement interessante.Votre livre mémoires insolites a fait le délice de mes vacances ! concernant les fantômes,je souhaiterais savoir si il existent en Russie,plus particulièrement dans les palais ayant été habité par la famille Romanov.Pensez vous écrire sur les sujets FIodor Kouzmich ainsi que la fameuse lettre de Vassily Vassiliev ,le mage Abel?
    Vous remerciant pour pour les beaux moments de lecture,je vous prie d’agréer mes salutations


  2. Raymond Colyott

    Michel de Grèce sounds like a perfect « nom de plume » for a writer, but in your case it is your real name. How come?


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