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L’État

Les grèves, les manifestations, il y en avait mais annoncées, ordonnées, contrôlées. De nos jours, les manifestations sont si importantes qu’elles dérèglent toute une ville. Les grèves sont si féroces qu’elles paralysent tout un pays. Comme des millions de mes concitoyens, mon existence, mes déplacements sont réglés par le calendrier des manifestations et des grèves.

En fait, la perte de pouvoir des politiciens, la baisse de leur qualité, leur médiocrité a conduit à la perte de l’autorité. Aussi, les syndicats qui ne représentent qu’une minorité des travailleurs et la rue font la loi. Les droits des syndicats existent, les droits de manifester et de faire la grève existent, cependant l’ordre, la loi sont constamment bafoués par syndicats et manifestants qui multiplient des actes purement anarchistes et révolutionnaires. Les gouvernants ont bien trop peur de leurs électeurs pour intervenir.

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L’impuissance des gouvernants a conduit à la puissance de l’État. Il est quasiment devenu autonome et de plus en plus autoritaire. L’État, à l’orée du Moyen Âge, a été patiemment, progressivement créé par les rois pour contrer les forces anarchiques du pays et assurer le bien-être des citoyens. L’État est constitué de fonctionnaires nommés par les gouvernants et qui donc devraient dépendre d’eux. Or, la plupart étant choisis pour des raisons électorales, ils acquièrent une sorte d’autonomie vis-à-vis des gouvernants dont ils devraient dépendre.

Dans tous les pays, les fonctionnaires se multiplient car les partis au pouvoir, quels qu’ils soient, n’hésitent pas à gonfler indéfiniment leurs rangs, avec pour résultat principal leur inefficacité grandissante. Plus il y a de fonctionnaires, moins ils font. Et pourtant, comme me le faisait remarquer le chauffeur de taxi avec qui je discutais de ce phénomène, la Santé, l’Éducation manquent cruellement de personnel. Les hôpitaux, les écoles n’ont pas assez de fonctionnaires car ceux-là travaillent et leurs places sont peu sollicitées alors que ministères et bureaux regorgent d’inutiles en surnombre qu’aucun gouvernement n’ose éloigner.

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Dans pas mal de pays, on aboutit ainsi à une sorte de paralysie de l’État, en même temps que son poids s’alourdit sans cesse. Or, l’Etat, et donc les fonctionnaires, ne subissent aucun contrôle. Les politiciens, les gouvernants, eux, sont élus, ils sont responsables devant leurs électeurs, devant le Parlement. Les fonctionnaires sont irresponsables et donc leur pouvoir est pratiquement illimité. L’État est paralysé, inefficace mais c’est un vampire omnivore. Les raisons qui dictent le choix des fonctionnaires, leur multiplication totalement exagérée, leur irresponsabilité, font que l’État qu’ils incarnent abdique ses responsabilités.

Il en est partout ainsi. D’un côté l’État est de plus en plus omnipotent, de plus en plus riche, pompant les réserves du pays, de l’autre côté, il est de plus en plus impuissant, incapable d’assumer ses fonctions, en fait il abdique ses responsabilités primordiales.

L’État n’assure plus la sécurité des citoyens. Des quartiers entiers des villes connaissent une telle insalubrité, ils sont tellement dangereux qu’aucune force publique n’ose y pénétrer. Loin de chercher des solutions à ces ghettos, l’État les laisse s’étendre et proliférer. Du coup, leurs occupants débordent des ghettos et viennent répandre le désordre dans les quartiers jusqu’alors salubres.

Voyager était un délice et une évasion. Aujourd’hui, c’est un cauchemar. Les aéroports sont le seul endroit au monde où je suis obligé de prendre un calmant pour les aborder. Des foules harassées, énervées, épuisées attendent pendant des heures ou pendant des jours. Ce sont des montagnes de bagages abandonnés ou perdus, des retards, des grèves, des annulations et cette nouvelle invention, l’overbooking. L’autre jour, ma fille avec son bébé, avec ses billets, ses réservations, s’est vu refuser l’accès de l’avion pour overbooking. Où donc s’est niché le confort tant vanté dans les publicités ? Ce ne sont que mensonges.

Voyager aujourd’hui, c’est plonger dans l’inconfort le plus total, l’agressivité, les mauvaises surprises, les déceptions, les pertes d’argent, les fatigues.

Il y a bien sûr le train. Alors, on risque d’être arrêté en pleine campagne sans explication, de rester enfermé dans les wagons pendant une heure, deux heures, espérant ne pas atteindre les sommets de ce train bloqué pendant plus de quinze heures. Ou alors cet Eurostar arrêté sous la Manche, dans le tunnel, dans l’obscurité, sans secours, sans aide, sans assistance pendant toute une nuit. Les compagnies de transports sont en partie privées mais l’État est responsable des transports.

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Ce même État est censé assurer les services de santé. Alors, on tombe là dans l’univers nauséabond, maléfique et diabolique des médicaments. Je suis un modeste exemple à qui on a donné des médicaments aux effets secondaires catastrophiques qui m’ont fait croire que j’étais paralysé. Et que suis-je à côté de ces milliers de femmes mortes pour avoir avalé un médicament nocif ! Bien entendu, les poursuites se sont arrêtées car on noie avec un art consommé le poisson, ou plutôt le poison. La puissance des compagnies pharmaceutiques ne permet pas qu’elles soient traînées en justice. De même, on encourage les obèses à se multiplier. La puissance des entreprises alimentaires n’autorise pas qu’on mette fin à ces excès. Business, always business, only business. L’État intervient à peine ou d’une façon si molle qu’elle ne trompe personne. Personne n’est châtié pour des crimes qui restent impunis. D’autre part, toutes les sécurités sociales sont pratiquement en banqueroute. Enfin, Dieu me préserve de mettre le pied dans les hôpitaux. Le peu que j’en ai vu m’a convaincu. Des salles, des couloirs sur-bondés, un personnel insuffisant, harassé, débordé, des attentes interminables, une insalubrité dangereuse. Des microbes, des virus, des bactéries qui attendent le patient dès la porte et qui font que celui-ci, venu pour un simple examen, s’en retourne atteint d’une grave maladie.

Enfin, l’État a laissé tomber l’éducation dont il est responsable à un niveau aberrant. Seules les universités privées maintiennent la qualité. Ailleurs, les locaux occupés, les professeurs terrorisés par leurs élèves, impuissants à réprimer leurs excès, des grèves, des informations insuffisantes, des cours bien trop lourds.

L’État qui n’assume plus ses responsabilités, l’État surdimensionné, l’État gaspilleur, l’État inefficace, l’État lourdissime est aussi devenu un État tyrannique. L’État n’est plus celui qui permet, qui ouvre, qui facilite, l’État est celui qui ferme, qui interdit, qui moleste.

Ceux qui représentent l’État, ces millions de fonctionnaires, la plupart parfaitement inutiles, se sont mis à exercer une dictature d’autant plus féroce qu’elle est anonyme. Protégé derrière son bureau, le fonctionnaire prend des décisions, signe des directives qui affectent chaque étape de l’existence du citoyen. L’avis de ce dernier n’est jamais demandé et jamais les personnes directement concernées ne sont consultées. Le fonctionnaire étant un parmi tant d’autres et d’ailleurs changeant très souvent reste anonyme. L’existence du citoyen est donc contrôlée, réglementée, coincée par des lois, des décrets, des circulaires, des instructions qui le contraignent de plus en plus, la plupart du temps d’une façon idiote, injuste, qui ne sert à rien. Et le pire, c’est que le citoyen n’a aucun recours contre ces contraintes. Il doit s’y soumettre sinon il est soumis aux amendes et autres châtiments. La bureaucratie le paralyse, les règles absurdes se multiplient jusqu’à l’étouffer. Le citoyen réagit de façon contradictoire. Tantôt il gueule sans résultat, tantôt, étrangement, il se soumet comme un mouton. À croire que nous sommes tous devenus des moutons face à ces contraintes qui nous corsètent chaque jour plus. Peut-être un jour les citoyens se révolteront-ils, peut-être voudront-ils assurer par eux-mêmes les fonctions auxquelles l’État a renoncé, comme par exemple la sécurité, mais alors, toutes les déviations deviennent possibles.

 


par  Prince Michael of Greece

4 commentaires pour “L’État


  1. John M Phufas

    This is a brilliant very personal summary of the state of the State that every citizen can relate to. Well done. The solutions are complex, but it will begin by the dismantling of the « client state » that you adeptly describe which everyone acknowledges is a problem in Greece, but is actually just as bad in the U. S. and in many European countries. As far as education is concerned, home schooling and charter schools are making great headway in the U. S. – the free market for education is part of the solution but public schools require radical reform to return to the quality of 40 years ago! Don’t get me started on public transportation. Let’s go back to regulating the airlines – deregulation is a failed experiment both for the public and the airlines.


  2. Chupacabras

    The Greeks should invite the Monarchy back then. They ve got to have more dignity and genuine concern for their people than the series of idiots Greece has suffered these last years.


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