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LUCKNOW, LES ÉLÈVES DE LA MARTINIÈRE

En ce 18ème siècle, la capitale du royaume d’Oudh, Lucknow, était devenue la ville la plus riche de l’Inde et la plus internationale.
Des commerçants, des aventuriers, des entrepreneurs venus de toutes les nations de l’Occident s’y étaient installés. En particulier, un Marseillais nommé Martin. Il devint l’intime des rois d’Oudh, gagna des ponts d’or et laissa une fortune fabuleuse. Il en avait consacré une grande partie au bien-être des habitants de Lucknow, en particulier il fonda le collège de la Martinière qui, de nos jours encore, reste un des meilleurs de l’Inde. Pour cela, il bâtit un somptueux palais que j’ai pris plaisir à visiter.

Auparavant, nous avions traversé le parc de la Martinière où jouaient 1500 élèves, tous admirablement habillés, tous le sourire aux lèvres, courtois et accueillants.

Arriva la Grande Mutinerie de 1857. Le gouverneur anglais de Lucknow, Lawrence, avait appris par ses espions qu’elle allait éclater. Aussi, avait-il donné pour instructions de réunir à la résidence tous les citoyens britanniques. La résidence, c’était un vaste enclos peuplé de bâtiments d’habitations et administratifs, de casernes, d’entrepôts, bâtis par les Anglais. C’est ainsi que les élèves de la Martinière, les adolescents, se retrouvèrent entre les murs de la résidence.

La mutinerie éclata. Les rebelles, sous les ordres de la Bégum Hazrat Mahal et du Maulvi de Faizabad, assiégèrent pendant 80 jours la résidence. Des centaines de milliers d’Indiens contre quelques centaines d’Anglais mal défendus par des remparts, faibles et peu résistants mais bien armés. Tout le monde participa à la défense, en particulier les élèves de la Martinière. Ces adolescents, du jour au lendemain, devinrent des hommes qui combattaient avec les soldats et les autres adultes avec un courage, une abnégation extraordinaires. Beaucoup moururent de leurs blessures.

J’étais particulièrement ému de lire le nom de cette quarantaine de victimes sur une grande plaque en marbre dans le vestibule de la Martinière. Je pensais à ces garçons que le sort et leur courage avaient transformés en héros et je dois dire que je les sentais fort présents.


par Prince Michael of Greece