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SOUVENIRS DE LA BARONNE DU MONTET

Une jeune femme de la haute société voyageait en Autriche il y a bien des années. Elle avait une petite fille âgée de deux ou trois ans qu’elle aimait passionnément.

Un soir elle arriva dans une auberge établie dans une ancienne maison seigneuriale ; les murs étaient d’une extrême épaisseur, les portes et les fenêtres cintrées et basses.

Cette auberge étant en bon renom, la jeune comtesse n’avait aucune frayeur ; on plaça le lit de la petite fille dans la chambre de sa mère, on laissa la bougie allumée, et les femmes de la voyageuse furent souper. Il y avait quelque temps qu’elles étaient sorties lorsqu’une des portes de l’appartement s’ouvrit ; une vieille femme de l’aspect le plus vénérable, vêtue comme dans les anciens temps, et portant un fichu armorié sur le dos, s’approcha doucement du berceau de l’enfant, qu’elle parut considerer avec tant de sollicitude, puis avec les précautions d’une mère qui craint d’veiller sn enfant, elle la baisa sur le front et se retira.

La comtesse fut touchée ; elle pensa que cette bonne vieille était venue s’assurer par elle-même qu’il ne manquait rien à la fillette. Le lendemain avant de partir elle voulait la remercier et demanda à la voir ; on lui répondit par de l’effroi. Elle insista. On fut obligé de lui dire que l’on ne connaissait pas cette vieille femme. Mais elle était bien connue et redoutée depuis des siècles, et depuis des siècles elle apparaissait dans le même costume ; les enfants qu’elle baisait au front mouraient dans l’année et ainsi en fut-il de la pauvre petite.


par  Prince Michael of Greece