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RASPOUTINE

Raspoutine est ce moine russe qui, ayant été présenté au dernier empereur Nicolas II et à sa femme l’impératrice Alexandra Feodorovna, se révéla être le seul qui parvenait à calmer les terribles crises d’hémophilie du grand-duc héritier, le jeune Alexis. 
Du coup, il gagna une influence totale sur les parents du malheureux enfant, au point que toute la politique russe, le sort même de l’Empire dépendaient de lui. Evidemment, il était haï, haï de tous et il fut considéré comme le deus ex machina qui précipita l’Empire et la Monarchie dans l’abîme.

Raspoutine est un mélange incompréhensible pour l’Occident et typiquement russe, typiquement oriental. D’un côté, un être profondément, sincèrement mystique qui possédait un Don incontestable, de guérisseur mais aussi de voyance. D’un autre, un homme débauché, adonné à tous les plaisirs, un ivrogne, un prédateur sexuel.

Même si le choix des ministres qu’il imposa au couple impérial se révéla désastreux, il faut avouer que ses prédictions se révélèrent étonnamment justes. Il se dressa vigoureusement contre l’entrée de la Russie dans la première guerre mondiale. Malheureusement, lorsque Nicolas II fut entraîné dans ce conflit, il se trouvait au loin, à l’hôpital où il se soignait d’une balle que lui avait tiré une nonne, qu’il avait, je crois, violée.

Sans cesse, il proclama que la Russie devait à tout prix sortir du conflit si elle voulait survivre, s’attirant évidemment les foudres des Alliés. De même, il fit cette étrange prédiction : il serait assassiné par les boyards et sa disparition entraînerait une révolution qui ferait couler des flots de sang et anéantirait l’Empire et la dynastie.

Evidemment, hormis l’empereur et l’impératrice, la famille impériale haïssait le moine pervers. Cependant, ma grand-mère Olga, née grande-duchesse russe, était une des seules à être admise dans l’intimité du couple impérial car l’impératrice le répétait, c’était la seule de la dynastie à se montrer bonne envers elle.
Du coup, le fils cadet de ma grand-mère qu’elle considérait le Russe de la famille, c’est-à-dire mon père, l’accompagnait dans ses visites à l’empereur et l’impératrice. C’est ainsi qu’il assista à une étrange scène. Il jouait avec les enfants impériaux, il était du même âge qu’Anastasia, lorsqu’un jour Raspoutine entra en trombe dans la salle de jeu, prit le grand-duc héritier dans ses bras et presque le jeta contre le mur. A ce moment-même, l’énorme lustre sous lequel jouait Alexis s’écrasa sur le sol qui aurait immanquablement tué l’enfant sans l’intervention de Raspoutine.

A la fin 1916, un complot dirigé par le prince Youssoupov, le jeune seigneur le plus riche de Russie, marié à une princesse impériale, se forma pour assassiner le moine maudit. Il fut invité au palais Youssoupov, il s’y rendit un soir. Youssoupov commença par lui offrir un verre de Porto truffé de cyanure. Raspoutine l’avala comme si de rien n’était. Un peu plus tard, Youssoupov ne sachant que faire tira à plusieurs reprises sur lui. Raspoutine s’effondra en sang. Youssoupov monta annoncer à ses complices que le travail était fait, il redescendit, s’approcha de Raspoutine qui, à ce moment, se releva et s’agrippa à lui. Youssoupov devint hystérique.

Raspoutine parvint à s’échapper dans la rue. Ensanglanté il réussit à marcher le long de la rue enneigée jusqu’au canal. Les complices de Youssoupov le suivirent, tirèrent à répétition sur lui. Finalement, Raspoutine tomba dans le canal qui se trouvait au bout de la rue. L’autopsie devait révéler qu’il n’était pas mort de ses blessures mais noyé par l’eau du canal.

Youssoupov, dans ses mémoires, devait raconter en détail cette scène granguignolesque. Ses complices, dont mon cousin germain le grand-duc Dimitri, qui avaient juré de ne jamais rien révéler, ne lui pardonnèrent jamais d’avoir tout raconté. Mais, en fait, on n’eut que sa version. Tous les dossiers de police sur l’affaire ont disparu et les complices de Youssoupov, fidèles à leur promesse, ne parlèrent jamais.

Il est évident que Raspoutine a été assassiné cette nuit-là au Palais Youssoupov, mais comment, par qui ? Combien de complices se trouvaient dans le Palais Youssoupov ce soir-là ? Nul, jusqu’à ce jour, ne l’a jamais su.

J’ai rencontré, il y a une dizaine d’années, à Taxco au Mexique, le dernier confident du prince Youssoupov, un sculpteur mexicain. Il m’a révélé deux éléments. Après que Youssoupov ait publié son récit, le médecin qui lui avait fourni le cyanure pour empoisonner Raspoutine lui écrivit pour lui révéler qu’au dernier moment, se souvenant du serment d’Hippocrate que doit prononcer chaque médecin, il n’avait pu se résoudre à lui fournir du poison et à la place lui avait donné un liquide inoffensif.

Je demandais au confident du prince comment il était possible que Raspoutine, avec le don de voyance qu’il avait, n’avait pas réussi à prévoir le sort qui l’attendait au Palais Youssoupov et, surtout, à éviter le piège qui lui était tendu. Sa réponse fut étrange : « Entre Raspoutine et le prince Youssoupov, c’était un duel de pouvoir psychique, à qui se rendrait maître de l’autre. Dans ce cas, ce fut le prince qui se révéla le plus fort. Il réussit par son pouvoir psychique à aveugler Raspoutine au point que celui-ci ne devinât pas ce qui l’attendait au Palais Youssoupov. Il s’y rendit donc en toute innocence ».

Quelques mois après, comme l’avait prédit le défunt, la Révolution éclata qui balaya l’Empire et la famille impériale.


par Prince Michael of Greece

3 commentaires pour “RASPOUTINE




  1. vincent David

    Thank you for your insight on this famous /infamous person.

    Kind regards

    V

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