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Razoumovska

Le mécène de l’époque qui a construit les plus grands palais est sans aucun doute Catherine II de Russie. Disposant de ressources illimitées, elle pouvait se permettre de bâtir des demeures colossales plus grandes que tous les autres palais d’Europe. En fait, elle ne faisait là qu’imiter sa prédécesseur, l’impératrice Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand. Cette dernière se montrait fantasque. Elle collectionnait les robes et en laissa, à sa mort, plusieurs milliers. Elle avait aussi des lubies. Alors qu’elle signait un traité important entre la Russie et une puissance étrangère, ayant déjà commencé à rédiger le « Eli », une mouche se posa sur le document. Elle leva la plume et ne compléta son prénom que six mois plus tard. Elle ne se maria jamais, ce qui ne l’empêcha pas de connaître l’amour.

Carle_Vanloo,_Portrait_de_l’impératrice_Élisabeth_Petrovna_(1760)

Un jour, voyageant dans son empire, elle s’arrêta dans une église de campagne pour entendre la messe. Pendant l’office, elle fut frappée par une voix angélique qui s’élevait d’un invisible chœur pour chanter les psaumes. À la fin de l’office, elle voulut connaître le possesseur de cette voix. On lui amena un tout jeune homme, un paysan fils de paysan qui, non seulement chantait à merveille, mais était très beau. Résultat : la tsarine emporta le jeune homme qui s’appelait Cyril Razoumovski. Il devint vite le favori, fut nommé ministre et reçut des titres de noblesse. Tout le monde l’appréciait pour son absence de prétention, sa gentillesse, sa douceur, sa discrétion. On raconte qu’un mariage secret finit par l’unir à l’impératrice.

Alexei_Grigorievich_Razumovskiy

Entre-temps, il s’était souvenu qu’il avait laissé une mère dans son village. Aussi, un jour, les villageois virent arriver un cortège somptueux. Un carrosse de conte de fée s’arrêta devant l’humble izba de la mère Razoumovska. Des officiers couverts de dorures et de galons s’inclinèrent bien bas devant elle et la prièrent de les suivre. Affolée, comprenant à peine ce qui lui arrivait, la Razoumovska fut hissée dans le carrosse qui repartit à grande allure jusqu’au palais impérial de Saint-Pétersbourg. Les dames d’honneur qui la reçurent trouvèrent qu’elle était en l’état imprésentable et décidèrent de la relooker. Elles déshabillèrent et lavèrent la vieille paysanne, la vêtirent de soie et de satin, la couvrirent de plumes, de bijoux, de dentelles. La pauvre Razoumovska était à la fois éblouie et terrorisée, se demandant ce que tout cela signifiait. Là-dessus, on lui annonça qu’on allait la mener à la tsarine qui l’attendait. La Razoumovska se mit à trembler. Il fallut presque la porter à travers les galeries interminables du palais. Soudain, elle aperçut qui s’avançait vers elle : une dame couverte de dentelles, de brocarts, de bijoux, de plumes ; à coup sûr la tsarine. La Razoumovska se prosterna. En fait, c’était elle-même qu’elle avait vue dans un très haut miroir. Dans sa tenue de cour, elle ne s’était pas reconnue.


par  Prince Michael of Greece

6 commentaires pour “Razoumovska


  1. Lois de menil

    Dear Michel, You are such a gifted storytweller! This is a charming story. I want to know what hapened next?





  2. Afrodite Delagrammatika Pangalou

    I love your way of writing stories , here , as in your books , its a fascinating one .

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