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Marie Laveau

LA REINE DU VAUDOU Partie 2/3

Un bonheur ne venant jamais seul, Marie Laveau rencontra peu de temps après l’homme de sa vie, Christophe Duminy de Glapion. Elle ne put l’épouser, pour la simple raison qu’il était blanc et que la loi interdisait les mariages de ce genre, mais ils eurent de nombreux enfants, quinze selon la légende ! Cinq en tout cas furent inscrits au registre de la paroisse, et deux survécurent, en particulier une fille prénommée comme sa mère.
Marie et Christophe vécurent un véritable amour, jusqu’à ce que la mort les sépare. Cet amour, cette chaleur, cette humanité furent le pivot de la vie de Marie et l’essence de son phénoménal succès.

Marie-Laveau-Saint Anne-New orleans-Vaudou-voodoo-spiritual

Le vaudou est devenu la rage de La Nouvelle-Orléans. Les esclaves les plus humbles, les mulâtres les plus riches, les Blancs les plus nobles le pratiquaient sans contrainte, et l’Église se voyait forcée de plus ou moins le tolérer. Auparavant, trois cents chapelles vaudous, chacune présidée par une prêtresse, se concurrençaient. Marie Laveau mit plusieurs années pour supplanter ces trois cents rivales mais elle y réussit. Elle avait utilisé pour ce faire les moyens les plus avoués comme les moins recommandables, dès lors que ses adversaires lui voulaient vraiment du mal. Désormais, les autres prêtresses devinrent ses disciples. Marie avait engagé nombre de jeunes filles et de jeunes gens comme assistants. Reine, elle présidait une véritable cour.

Le nombre de ses clients et clientes ne se comptait plus, et elle gagnait énormément d’argent, car le vaudou pouvait aussi être lucratif. Dans son salon, elle exhibait un vase magnifique : un cadeau, assurait-elle, du duc d’Orléans, le futur Louis-Philippe, lorsque, passant par La Nouvelle-Orléans, il était venu la consulter. Elle laissait entendre que La Fayette lui-même lui avait demandé son aide ! Ses consultants faisaient sa réputation, car tous chantaient ses prodigieux pouvoirs. Toute la ville racontait la dernière anecdote concernant la reine du vaudou :

Un des citoyens les plus en vue de La Nouvelle-Orléans se trouvait être un vieux milliardaire, encore jeune d’allure et plein d’allant. Il était désespérément amoureux d’une jeune fille, très belle et très pauvre. Le père de la jeune fille, qui s’était ruiné, ne cessait de l’implorer pour qu’elle accorde sa main au vieux beau… en vain ! Le soupirant éconduit en arriva à ce point de frustration qu’il s’en alla consulter Marie Laveau. Il commença par aligner des piles de pièces d’or, puis lui conta son désespoir. La première intervention de la sorcière rata : la belle enfant, une fois de plus pressée par son père, menaçait de se suicider plutôt que d’accepter. Le vieux milliardaire, point découragé, s’en revint chez Marie et déposa devant elle une somme encore plus énorme.

Au bout de plusieurs mois de ce petit jeu, la jeune fille fit tenir un billet au vieil homme : « Venez me voir tout de suite ! ». Tremblant d’appréhension, il accourut. « C’est oui », lui annonça-t-elle. Il ne put croire à son bonheur. Il organisa une somptueuse réception, toute la société de La Nouvelle-Orléans s’y vit conviée. Au sortir du banquet, les amis du marié l’invitèrent à ouvrir le bal. Bien qu’il se sentît un peu fatigué après ce dîner abondant, l’heureux époux se crut obligé de faire honneur à sa réputation de danseur émérite, il s’élança vers l’heureuse élue qu’il prit dans ses bras et commença à tournoyer au son de l’orchestre. Très vite, il s’empourpra, tituba, tomba sur le sol, foudroyé par une attaque cardiaque. La jeune veuve, qui avait hérité de son immense fortune, se remaria bientôt avec un jeune et fringant officier…

Lorsqu’un jour, deux Français furent condamnés à la pendaison pour quelque crime, quelques amis proches vinrent prier Marie de les sauver…

– Je vous jure qu’ils ne seront pas pendus ! leur répondit-elle.

Le moment venu de l’exécution, alors que la foule, instruite de la promesse faite par Marie Laveau, s’était rassemblée sur la place publique pour assister au spectacle et que les deux hommes étaient conduits sur le gibet, le jour qui jusque alors avait été clair et ensoleillé s’assombrit. Quand le nœud coulant fut passé au cou des condamnés, un violent orage éclata, dispersant les spectateurs apeurés.

Le bourreau réussit pourtant à ouvrir la trappe fatale, mais les cordes mouillées permirent aux Français de tomber indemnes sous le gibet. Marie Laveau avait tenu parole : ils n’avaient pas été exécutés… Le destin voulut qu’ils soient rattrapés par la suite, remis en prison et pendus en catimini, mais cela n’entama en rien le prestige qu’elle y avait gagné.

Toute son existence, Marie Laveau garda la même philosophie, laquelle est résumée dans un poème qui plonge ses racines dans la religion animiste, une des origines du vaudou :

Doux sont les emplois de l’adversité

Qui tel le crapaud laid et venimeux

Porte cependant un joyau précieux sur son front.

Et ceci, notre vie, éloignée des lieux publics

Trouve des langues dans les arbres,

Des livres dans les ruisseaux qui courent,

Des sermons dans les pierres,

Et du bon dans chaque chose.

Christophe de Glapion, le fidèle compagnon, l’a quittée en 1855, Marie lui survivra vingt-six ans. Elle meurt le 15 juin 1881 et sera enterrée à ses côtés au cimetière de Saint-Louis.

 

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Frank Mieres en a assez d’être toujours chassé des abris de fortune qu’il invente pour se reposer, que ce soit le portail d’une maison, un banc du jardin public ou la salle d’attente de la gare.

Cette nuit-là, il erre depuis longtemps. Il a mal aux jambes à force d’avoir marché, il est épuisé d’avoir faim. Il croit avoir enfin trouvé l’oreiller auquel il aspire, et qui prend la forme d’une marche de perron, mais à peine s’est-il écroulé dans un sommeil fiévreux que des policiers le secouent et l’envoient chercher ailleurs.

Alors il reprend sa quête désespérée.

Soudain, une idée lui traverse l’esprit : l’endroit le plus tranquille de La Nouvelle-Orléans, c’est bien sûr le cimetière de Saint-Louis, le plus ancien de la ville… Tout d’abord les policiers ne patrouillent pas dans un cimetière, ensuite celui-ci a la solide réputation d’être hanté au point d’écarter les plus téméraires. Les fantômes, Frank s’en moque bien dans l’état où il est. Ils ne seront jamais aussi désagréables que les policiers ! À la perspective de connaître enfin une nuit de paix, il retrouve un peu de courage et un semblant d’énergie.

A SUIVRE


par  Prince Michael of Greece