Requiem pour une merveille

Extraits de mon journal, Palmyre, 10 février, 2002.

Hier soir, les ruines éclairées par les lointains réverbères avaient du charme, mais rien de comparable à ce matin. Je sortis à sept heures et demie, il faisait plein jour, et là j’ai vu probablement un des plus beaux spectacles de ma vie entière. Les colonnes des temples, le sable, sur les collines au loin les tours funéraires, encore plus loin la forteresse arabe enfoncée sur son pic, tout cela dans des couleurs ocre pâle, or, presque blanc, et si léger que c’en était quasiment insaisissable.

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Personne, le silence, l’immobilité, le ciel lui aussi pâle. J’ai marché plus d’une heure, tantôt admirant et m’imprégnant de ces lieux incomparables, tout en méditant, réfléchissant, apprenant. Je m’arrêtais au bout de la longue avenue de colonnes dans le temple funéraire, et là, assis sur un chapiteau, j’écoutais.

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Plus tard, nous étions pratiquement seuls pour visiter le formidable temple de Baal. C’est le colossal romain allié au baroque presque européen, d’ailleurs les motifs de la décoration se retrouvent jusque dans le style Louis XVI. Il faisait beau, doux, et nous arpentions la célèbre « cella » avec ses façades internes ornementées. Nous avons contourné le temple, le lieu le plus imposant, le plus sacré de Palmyre, quelque chose d’extraordinaire, un peu Egypte dans sa splendeur pharaonique, un peu palais espagnol dans son austérité baroque, avec, surgissant au-dessus des murs, des forêts de colonnes gigantesques qui montent vers le ciel.

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J’allais inspecter des maisons romaines en ruines, puis je m’engageais dans la grande allée de colonnes. Je découvris le théâtre, je m’assis sur un banc, j’étais seul à regarder le fond de la scène avec son décor baroque de colonnes et de niches. J’arpentais tout aussi solitaire, dans la dernière lueur du jour, les cours grandioses des majestueux bâtiments que sont l’Agora et la cour des Tarifs. Moins que l’architecture, j’appréciais le silence, la solitude dans cette grisaille qui donnait une couleur étrangement rosée aux pierres, la beauté des lieux, le désert si proche, l’exubérance de la palmeraie, l’absence de tourisme.


par  Prince Michael of Greece

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