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TANTE BELLINA

Ma grand-mère, la duchesse de Guise, avait un frère cadet, Ferdinand d’Orléans duc de Montpensier, qui était charmant mais faisait pas mal de bêtises. Entre autres, il se droguait. Ses sœurs, dont ma grand-mère, décidèrent de le marier. Elles trouvèrent la perle rare en une jeune fille richissime de la petite aristocratie espagnole, Isabella de Valdeterrazo, tante Bellina pour nous. Le mariage se fit et la première chose que fit Bellina, ce fut de renvoyer ses nouvelles belles-sœurs et de cloîtrer son mari.

Il avait fait un testament léguant au chef de la Maison de France un trésor de bijoux et d’objets d’art. Tante Bellina lui coupa la drogue jusqu’à ce qu’il fasse un nouveau testament en sa faveur. Puis curieusement il obtint une dose trop importante de drogue et mourut. Tante Bellina hérita de tout. Ses belles-sœurs ne voulurent plus jamais la voir.

Elle avait, entre autres, hérité du magnifique château de Randan en Auvergne, propriété depuis des siècles de la Maison d’Orléans. Un jour, mystérieusement, le château prit feu. Bellina exigea que l’assurance la rembourse. L’assurance refusa car on découvrit des bidons d’essence non loin du château et, curieusement, tous les objets précieux en avaient été sortis avant l’incendie.

Bellina se produisit partout, principalement en Espagne, comme la duchesse veuve de Montpensier. Elle était toujours suivie d’un secrétaire fidèle et discret Jose Maria de Huarte.

Un certain vendredi soir de l’année 1958, Bellina eut une attaque de cœur. Curieusement, le secrétaire ne trouva pas de médecin avant le lundi suivant. Entretemps, Bellina était morte. On ouvrit son testament. Elle léguait tout au secrétaire. 80 % de droits demanda le fisc espagnol. « Non pas, répondit le secrétaire, 10 %, je suis le marié ». En effet Bellina l’avait épousé en secret. Râle des duchesses espagnoles qui, pendant des décennies, avaient dû faire la révérence à la veuve du duc de Montpensier alors qu’elle n’était plus que la femme d’un secrétaire.

J’étais au Maroc dans le bureau de ma grand-mère lorsqu’on lui apporta un télégramme. Elle l’ouvrit, resta pensive et me dit : « Tiens, Bellina est morte du cœur. Je ne savais pas qu’elle en avait un ».


par  Prince Michael of Greece

4 commentaires pour “TANTE BELLINA


  1. Claire Meilhon

    Bonsoir Monsieur,

    Quelle incroyable histoire ! J’ai l’impression parfois de lire des contes fantastiques, les êtres qui les peuplent sont très attirants même s’il ne faut pas trop les approcher.

    CM




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