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LA SURVIE DE L’ASSASSIN ( suite et fin)

Un des amis du Président a tout vu. Il se précipite sur Booth qui, tirant son couteau de chasse, le frappe. Puis l’acteur grimpe sur la balustrade de la loge et saute de cette hauteur sur la scène. Son éperon se prend dans un des drapeaux qui ornent la balustrade, il perd son équilibre et tombe lourdement sur les planches en se cassant le péroné juste au-dessus de la cheville. Il a la force de se lever, de brandir son couteau puis, tout en boitant, il traverse la scène en courant et sort par la porte arrière du théâtre.

Dans les secondes qui suivent, Lincoln, mortellement atteint, a courbé la tête sur sa poitrine. Sa femme s’est mise à crier. Un médecin qui se trouve dans la salle, le jeune Charles Leale, âgé de vingt-trois ans, se précipite. Un examen superficiel lui permet de conclure que la blessure est mortelle, il est impossible qu’il survive. Le Président tombe dans le coma.
On décide de le transporter dans la demeure la plus proche, de l’autre côté de la rue, la maison Petersen. On l’y installe dans une chambre à coucher. Commence alors une longue nuit d’agonie. De nombreux médecins se présentent pour offrir leur aide, car le bruit de l’assassinat s’est répandu aussitôt à travers tout Washington. Une foule de plus en plus grande entoure la maison Petersen… La respiration de Lincoln devient de plus en plus faible. Pourtant, le Président survivra pendant neuf heures. Il meurt à 7 h 22 du matin le 15 avril 1865. Il n’a que cinquante-six ans.

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Entretemps, Booth, malgré son péroné cassé, a enfourché la jument louée l’après-midi. Quoique les ponts soient gardés militairement, il réussit à franchir l’un d’entre eux sans que les sentinelles l’arrêtent ou lui posent des questions. Il parvient un peu après minuit à la taverne Surattsville qui appartient à des complices. Il s’y ravitaille avant de reprendre sa fuite. À trois heures du matin, chez un autre sympathisant, le docteur Samuel Mudd, il reçoit les premiers soins pour sa jambe cassée, puis il poursuit vers le sud. Il parvient avec un ami qui l’accompagne jusqu’à la ferme Garett que tous deux considèrent comme l’asile le plus sûr.

C’est sans compter les détectives lancés à leur poursuite. Ceux-ci retrouvent facilement leurs traces et, à l’aube du 26 avril, entourent la ferme avec les soldats qui les accompagnent. Booth, sommé de se rendre, refuse. La soldatesque met le feu aux champs de tabac qui entourent la grange où il s’est réfugié. L’éclat des flammes permet aux soldats de voir clairement Booth se déplacer à l’intérieur du bâtiment, un pistolet et un fusil dans les mains. À cet instant précis, le soldat Boston Corbett pointe son revolver et tire sur Booth. Celui-ci s’effondre. Plusieurs soldats se précipitent et le traînent encore vivant hors de la grange embrasée.
La balle est entrée dans le cou de l’acteur. Étendu sous le porche de la ferme, il a encore la force de marmonner :
– Dites à ma mère que je l’ai fait pour mon pays… Inutile… Inutile…

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Tandis que ses complices sont arrêtés l’un après l’autre, le cadavre de Booth est ramené à Washington. On peut croire que l’affaire est close. Et, pourtant, naît une énigme qui lentement s’épaissira. Certains témoins appelés à voir le corps de l’assassin affirment ne pas le reconnaître. « Ce cadavre n’est pas celui de Booth », répètent-ils.
Ce ne serait donc pas lui que les soldats ont tué à la ferme Garett ! Le doute s’installe… Et si le véritable Booth avait réussi à disparaître ! On l’aurait laissé s’échapper afin de cacher la vérité sur l’assassinat du Président.

Pourquoi ? Pour brouiller les pistes d’une énorme conspiration politique qui prendrait ses racines parmi les proches collaborateurs de Lincoln.
Les autorités, qui ne veulent rien savoir de ces rumeurs subversives, affirment avoir réussi à retrouver et à éliminer l’acteur assassin. Quant à ses complices, après un procès à sensation, ils sont condamnés à la pendaison, y compris Mary Suratt, la propriétaire de l’auberge où Booth s’était arrêté dans sa fuite. Elle sera la première femme exécutée aux États-Unis.

« J’ai marché d’un pas ferme au milieu d’un millier de mes amis » avait griffonné Booth dans son journal quand il est arrivé à la ferme Garett, quelques heures avant l’assaut.

« J’ai crié Sic semper tyrannis ! avant de tirer.

En sautant, je me suis cassé la jambe. J’ai passé tous les postes de garde, j’ai couvert 60 milles à cheval cette nuit-là avec l’os cassé de ma jambe arrachant ma chair. Je ne pourrai jamais me repentir, bien que je déteste tuer ! Notre pays lui devait tous ses ennuis, et Dieu m’a fait simplement l’instrument de son châtiment… Après avoir été pourchassé comme un chien à travers les marais, les forêts, et avoir été harcelé par des canonnières, j’ai été obligé de revenir mouillé, gelant, mourant de faim, avec tous ces hommes contre moi. Je me trouve ici désespéré. Et pourquoi ? Qui a fait que Brutus fût honoré ? ».

 


par Prince Michael of Greece

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