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Charles II - king-of-spain

LA SUCCESSION DE CHARLES II

Un chapitre du règne de Louis XIV concerne la succession d’Espagne. Il me fascine. Nous sommes à Madrid à la fin de l’année 1700. Le Roi Charles II se meurt. La dégénérescence due à tant de mariages consanguins en avait fait une sorte d’avorton a demi demeuré dont même les portraitistes les plus flatteur n’avaient pu cacher la laideur outrageante. Il était incapable de gouverner son empire qui restait le plus grand du monde. Héritier de Charles Quint, il possédait l’espagne, le nord de l’Italie, les Pays Bas et les trois quarts de l’Amérique latine. Il n’avait ni fils, ni frère.

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Les puissances étaient convaincues que les disputes autour d’un tel magot allaient déclencher une guerre générale. Pour l’éviter, elles s’étaient d’avance entendues pour un partage de cet empire. Le roi Charles II en a eu vent et enragea à l’idée qu’on le dépeçait vivant. Il annonça qu’il rédigeait lui-même son testament et qu’il laisserait ses couronnes à qui il voudrait. IL avait deux candidats possible descendants de ses deux demi-sœurs : L’ainée Marie Thérèse avait épousé Louis XIV et le candidat était le petit fils du Roi Soleil, Philippe de France, Duc d’Anjou.
La cadette des sœurs avait épousé l’empereur Leopold 1Er, cousin de la maison d’Autriche et leur fils Charles était l’autre candidat.
Tout le monde se demandait qui allait être l’heureux bénéficiaire du testament. Pendant ce temps, les deux puissances intéressées s’activaient à Madrid. La Maison d’Autriche s’attaqua au Roi lui-même pour profiter de cet avantage. La Maison de France en la personne de son ambassadeur le marquis d’Harcourt, s’attaqua au conseil de la couronne. La marquise d’Harcourt y mit, comme on le dit vulgairement, le paquet !
Des sommes considérables furent versées aux membres du conseil et e particulier à leur président, le cardinal Porto Carrero. Celui-ci assura au représentant de Louis XIV que le testament serait rédigé en faveur du candidat français.

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Le 1er novembre, le roi mourut. Le conseil du trône se réunit au Palais royal de Madrid. Dans la salle voisine, les représentants de tous les états européens attendaient avec impatience. […] Les heures passaient. Les Grands du royaume et les ambassadeurs devenaient de plus en plus nerveux. Finalement la porte s’ouvrit et apparut un des membres du conseil, le duc d’Albuquerque. Il se précipita sur l‘ambassadeur de l’empereur et annonça d’une voix retentissante « C’est avec une joie profonde et un bonheur sans fin… » L’ambassadeur Allemand crut que l’affaire était dans le sac et que la Maison d’Autriche héritait de Charles II. « Donc je répète, c’est avec un plaisir indicible que je prends à tout jamais congé de la Maison d’Autriche »
L’ambassadeur allemand se demandait encore ce que signifiait cet exorde, le français, le marquis d’Harcourt avait lui compris.
L’empereur avait perdu, la France avait gagné.
IL courut hors du Palais, se précipita à l’ambassade afin d’envoyer un courrier à Versailles, mais en même temps agissant déjà en maitre, il ordonna de fermer les frontières afin qu’aucune missive, sinon la sienne ne puisse parvenir dans d’autres pays.
Il voulait donner à Louis XIV le temps de réfléchir sur la décision à prendre. Le courrier arriva au plus vite à Versailles. D’Harcourt avait envoyé une copie du testament par lequel le Roi Charles II léguait son empire entier au duc d’Anjou, petit fils de Louis XIV. Ce qui ouvrait un dilemme dramatique pour le Roi. S’il refusait la succession, la Maison d’Autriche déjà propriétaire de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Hongrie, de la Bohème, encerclerait la France en possédant les pays bas, le nord de l’Italie et l’Espagne. C’était impossible à envisager.
EN revanche accepter la succession, et donc faire du candidat français l’unique propriétaire de l’empire espagnol, c’était déchainer une guerre européenne contre la France. Ni l’Empereur, ni les autres puissances, l’Angleterre, les provinces unies de Hollande, n’accepteraient cette préférence de la France et encore moins la formidable puissance qu’elle acquerrait avec un prince français régnant sur l’empire de Charles Quint.
Il fallait donc soit refuser soit provoquer une coalition européenne contre la France. […]
Louis XIV convoqua son petit-fils, le duc d’Anjou et l’ambassadeur d’Espagne. A ce dernier il déclara « Monsieur, saluez votre roi »
Louis XIV avait accepté le testament. L’ambassadeur s’agenouilla devant le jeune homme qui devenait le successeur des rois catholiques, de Charles Quint et de Philippe II.
Quelques jours plus tard, Philippe V partit pour Madrid. Louis XIV l’accompagna jusqu’à son carrosse et avec son sens du théâtre lui déclara « Je souhaite ne jamais vous revoir «, ce qui signifiait « J’espère que vous réussirez, que vous prendrez votre trône malgré la guerre européenne qui va se déclencher contre vous et moi, et j’espère que vous réussirez et que vous n’aurez pas besoin de revenir ici, chose que vous ne pourriez faire que si vous étiez détrôné et exilé »

 

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Philippe V en larmes, salua son grand père qui lui-même était profondément ému, puis il monta dans le carrosse et Luis XIV d’une voix de stentor cria au cocher « A Madrid !! »
Louis XIV récompensa son ambassadeur : d’Harcourt fut fait duc pour avoir su si efficacement corrompre les ministres espagnols.
Comme prévu la guerre européenne se déchaîna contre Louis XIV qui devait durer quinze ans.

 


par Prince Michael of Greece

Un commentaire pour “LA SUCCESSION DE CHARLES II


  1. Marie-Madeleine

    L’histoire est toujours passionnante… celle-ci représente un chapitre important de l’histoire hispanique.
    Cependant les mariages entre cousins étaient fréquents et, beaucoup plus tard, n’a-t-on pas dit que la reine Victoria était la grand-mère de l’Europe ?

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