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UN GREC A LA CONQUETE DU PEROU

Il s’appelait Pedro de Candia et j’ai découvert son existence dans un livre fascinant « Les commentaires royaux de l’Inca » écrit Garcilaso Inca de la Vega, ouvrage que m’a fait connaître mon amie Samantha. L’auteur est fils d’un conquérant espagnol et d’une princesse inca. Il connaît donc la version des Espagnols comme la version des Incas et son récit est passionnant, sur les gloires de l’empire inca mais aussi sur sa décadence et sa chute. Entre autres, il mentionne de fabuleux trésors qu’il décrit et qui, lors de l’arrivée des Espagnols, ont été cachés par les Incas et jamais retrouvés jusqu’à ce jour.

Donc, Pedro de Candia apparaît sous la plume de Garcilaso. Comme son nom l’indique, Candia étant alors la capitale de la Crète occupée par les Vénitiens, il est crétois. Garcilaso a dit qu’il était immensément grand et fort, beaucoup plus que tous les Espagnols. C’est un condottiere, c’est un aventurier mais il n’est pas seul, il emmène avec lui une bande de Crétois. Ils arrivent là où l’aventure appelle tous ces fidèles, c’est-à-dire le Nouveau Monde en plein dans l’époque de la découverte et de la conquête. Il se joint à Pissarro qui s’aventure dans l’océan pacifique, descend les côtes de l’Amérique Latine. Il arrive avec une poignée d’hommes à l’île de Gorgona en face de la ville contemporaine de Guayaquil et là, ils restent des mois sans trop savoir quoi faire dans des conditions horribles.

Puis, ils descendent et arrivent en face d’une vallée richissime où on aperçoit, au milieu, une grande ville que les Incas appelaient Tumbez. Que faire ? Pedro de Candia trouve la solution et en fait part à Pissarro : « Laissez-moi y aller tout seul. S’ils me tuent, vous ne perdez qu’un homme. Si nous descendons tous et que nous sommes tués, finie l’expédition ». Pissarro accepte. Pedro de Candia choisit soigneusement son accoutrement, une cotte de maille qui descend jusqu’à par terre, une coiffure extravagante, un bouclier en acier et, dans l’autre main, une immense croix de bois. Il prend une barque qui va jusqu’au rivage et descend et se met en marche vers la cité. Les paysans indiens qui le voient sont saisis d’étonnement. Jamais ils n’ont vu un géant pareil, barbu et à la peau blanche et vêtu d’une façon aussi étrange. C’est certainement le « dieu du soleil ». Ils sont partagés entre la crainte et la révérence.

Pedro arrive jusqu’à la cité de Tumbez. Les portes sont ouvertes, les autorités s’avancent et se prosternent devant le « dieu du soleil ». Ils l’emmènent au temple de la ville dont les pièces sont tapissées d’or pur. Ils lui font découvrir le trésor d’une inimaginable richesse, bourré d’objets d’or et d’argent. Pedro de Candia garde son sang-froid, remercie, revient sur la côte et retourne retrouver Pissarro et ses compagnons. Tout d’abord, ceux-ci ne veulent pas le croire quand il décrit les richesses qu’il a vues, puis finalement, il les convainc. Alors, soudain, leur expédition trouve sa finalité. Ils s’étaient aventurés dans des régions austères, difficiles, sauvages, dangereuses où il n’y avait rien à peu près et, soudain, c’est un trésor inimaginable et un immense empire qui s’offre à eux. La décision est prise, ils le conquerront mais, auparavant, il faut convaincre les autorités espagnoles et, donc, ils commencent par retourner à Panama, puis en Espagne, mettre au pied du roi d’Espagne l’empereur Charles Quint, leur découverte. Avec les encouragements de ce dernier, quelques centaines d’hommes, ils repartent cette fois-ci non pas en explorateurs mais en conquérants. Pedro de Candia sera de toutes les opérations. Il verra même l’arrestation du dernier Grand Inca, Atahualpa par Pissarro. Celui-ci, pour sa libération, offre de remplir l’immense salle où il est emprisonné d’or jusqu’à ras-bord. Pissarro accepte.

De tous les coins de l’empire, les caravanes arrivent portant des objets d’or, de quoi remplir la prison du Grand Inca. Mais il y a des bisbilles. Atahualpa fait assassiner son frère, le légitime Grand Inca. Il est jugé, condamné à mort, alors que la pièce est loin d’être remplie. Mais tout de même, elle contient un immense trésor que se partageront les conquérants. Pedro de Candia en recevra sa part.

Puis, des disputes, les batailles commencent non pas entre les Espagnols et les Incas mais entre les Espagnols eux-mêmes, entre les chefs Pissarro et Almagro. Pedro de Candia avec ses Crétois car ceux-ci ne l’ont jamais abandonné, dans cette confusion passe d’un camp à l’autre et, finalement, prend le parti des Indiens, des Incas. Aussi sera-t-il tué par les Espagnols qui le soupçonnent de trahison, non sans raison.

L’écrivain Garcilaso Inca de la Vega n’a pas connu Pedro de Candia mais il était à l’école avec son fils qui dépassait en taille et en corpulence tous les autres élèves. Ainsi, Garcilaso pouvait-il s’imaginer quel géant à tous points de vue avait été Pedro de Candia, le Crétois conquérant du Pérou.

Pedro de Candia avait beaucoup impressionné ses compagnons en décrivant les merveilles qu’il avait vues à Tumbez mais les Indiens avaient été tout autant impressionnés par son apparence. Les Incas, eux aussi, avaient été tellement impressionnés par l’apparition de Pedro de Candia que la rumeur s’en répandit jusqu’à leur capitale, Cuzco, là-haut dans les montagnes. Evidemment, rumeur agrandie, embellie, augmentée. Le « dieu du soleil » était revenu. Aussi, lorsque Pissarro, Pedro de Candia avec les maigres troupes qu’ils avaient rassemblées étaient revenus pour conquérir, l’Inca avait ordonné à ses sujets de ne pas les combattre car on ne se bat pas contre le « dieu soleil ». Aussi, quelques centaines d’Espagnols avaient-ils pu conquérir sans férir l’immense et le fabuleusement riche empire inca.


par  Prince Michael of Greece