UNE HISTOIRE D’AMOUR DÉCLENCHE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

Il y a bien des années, lorsque je commençais à fréquenter le festival musical de Salzbourg, j’y connus des lointains cousins, les princes de Hohenberg que j’appréciais particulièrement. Ils étaient sympathiques, amusants, pleins d’entrain… et ils étaient les petits-fils d’une des plus célèbres tragédies de l’Histoire.

À la fin du 19ème siècle, l’héritier de l’Empire d’Autriche Hongrie se trouvait être l’archiduc François Ferdinand. Il n’était pas laid, intelligent, cultivé, très poussé vers les Arts. Il avait cependant un caractère assez difficile, ce qui n’arrêtait pas toutes les mères d’espérer qu’il épouserait leur fille. En particulier, une de ses tantes éloignées, l’archiduchesse Isabelle, conspirait pour qu’il tombe amoureux d’une de ses filles qui, ainsi, deviendrait un beau jour impératrice d’Autriche Hongrie. L’archiduchesse Isabelle à sa joie remarqua que François Ferdinand acceptait toujours ses invitations. Quand il se montra de plus en plus empressé et avide d’accourir chez elle à la campagne, elle fut certaine que l’affaire était dans le sac.


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Lors d’un de ses séjours, l’archiduc était parti à la chasse en oubliant dans sa chambre son oignon d’or. Or, l’archiduchesse savait qu’il y avait peut-être une miniature qu’il contemplait souvent. Elle fut curieuse de savoir de laquelle de ses filles l’archiduc était amoureux au point de mettre son portrait dans sa montre. En catimini, pendant l’absence de l’archiduc, Isabelle se rendit dans sa chambre, trouva la montre sur la table, l’ouvrit… et trouva l’effigie non pas d’une de ses filles mais de celle de sa dame d’honneur, la comtesse Sophie Chotek. Sa rage ne connut plus de bornes. Quoi ! Cet imbécile, au lieu de contempler ses ravissantes filles, était tombé amoureux de cette souillon, une simple comtesse tchèque d’une petite famille de l’aristocratie ! La première chose que l’archiduchesse fit fut de chasser de son service Sophie Chotek.

La réaction de l’héritier du trône ne se fit pas attendre. « Si c’est comme ça, j’épouse Sophie ». Ils s’étaient connus depuis des mois, ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre dès leur première rencontre et, depuis, menaient en secret une passion fiévreuse. Mais de là à épouser la comtesse Sophie Chotek, c’était pratiquement impensable. Un membre de la famille impériale, et plus encore l’héritier du trône, ne pouvait déchoir au point d’épouser une simple aristocrate. L’empereur, les proches parents de Ferdinand, le gouvernement impérial, tout le monde se lia pour s’opposer à cette union. François Ferdinand tint bon. Il avait décidé d’épouser Sophie Chotek et rien ne le ferait changer d’avis. L’empereur François Joseph dut s’incliner. François Ferdinand épouserait Sophie mais à quel prix. Jamais celle-ci n’atteindrait le rang de son mari, jamais leurs enfants ne seraient considérés comme membres de la famille impériale et, en aucune façon, ne pourraient succéder à leur père lorsque celui-ci serait devenu empereur. Qu’à cela ne tienne, répondit François Ferdinand, dans le fond du cœur bien décidé à faire changer les choses lorsqu’il deviendrait empereur.

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Il épousa donc Sophie Chotek qui reçut le titre de duchesse de Hohenberg. Mais leur existence ne fut pas toute de rose, loin de là. Sans cesse, l’empereur, la famille impériale, le gouvernement de l’empire, la Cour, humiliaient à volonté la pauvre Sophie et par là-même François Ferdinand, par des mesquineries protocolaires, par un mépris presque affiché, par mille façons dont les grands du monde monarchique et aristocratique ont de faire sentir leur infériorité à ceux qu’ils considèrent en-dessous de leur rang. François Ferdinand enrageait mais n’en pouvait rien changer. Aussi était-il de plus en plus avide de reconnaissance pour sa femme, cette reconnaissance que les autorités lui déniaient.

Et voilà qu’un beau jour, une petite ville du sud de l’Empire l’invita en visite officielle, non seulement lui mais son épouse, faisant entendre qu’elle serait traitée comme son égal. François Ferdinand sauta sur l’occasion. Enfin, cette reconnaissance tant attendue. Il voulait accepter mais le gouvernement s’y opposa. Cette petite ville était peuplée de dangereux anarchistes. L’occasion serait belle pour eux de s’en prendre à l’un des piliers de l’Empire, l’héritier de l’empereur l’archiduc François Joseph. La police impériale fit dire à l’archiduc de ne pas mettre les pieds dans la petite ville mais François Ferdinand, tout à son rêve de voir Sophie traitée comme son égal, ne voulut rien entendre. Il accepta. Et c’est ainsi qu’un beau jour de juin, il monta dans son train spécial avec Sophie, tout heureux de gagner… Sarajevo. Et là, le destin les attendait sous forme du jeune terroriste serbe qui abattit d’un coup de revolver non seulement l’archiduc mais aussi sa femme. Comme chacun sait, cet attentat fut le déclencheur de la première guerre mondiale.

 


par  Prince Michael of Greece

3 commentaires pour “UNE HISTOIRE D’AMOUR DÉCLENCHE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE


  1. Robin woodhead

    And so, as a result of personal determination, the entire world was plunged into war, and the lives of nearly everyone changed forever. Imagine that. One personal intention, one single emotional act one feeling of the heart. And look at the outcome…..

    Bravo, more writing please. And in the meantime Happy Christmas to you and to Marina, Christian and Robn


  2. Ghislaine Graziani

    Cette histoire est si touchante, et terrifiante dans ses conséquences…

    Benno et moi avons aussi beaucoup aimé le si joli et étonnant « voyage en Turquie »!

    Michel et Marina Joyeux Noel et Bonne Année

    Benno et Ghislaine.


  3. Ludmila Habsburg

    Sophie Chotek was a very much loved first Cousin to my grandfather Franz Kinsky , who was one of the few who attended her Wedding with the Achduke !
    I love Ella and Johannes Hohenberg !!

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