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LADY JANE DIGBY

Une femme fut l’incarnation même du romantisme dans cette époque où tant d’hommes, tant de femmes se voulaient romantiques.
Elle ne fut pas une reine bien qu’elle régnât sur le désert.
Jane Digby naquit dans l’aristocratie anglaise. Son père était un lord qui possédait un vaste château. Elle fut élevée comme toutes les jeunes nobles anglaises par des nannies, puis elle fit ses débuts dans la société à Londres. Elle courut de bal en bal. On lui trouva un mari, un lord tout aussi titré, tout aussi riche que son père. Elle l’épousa et ne tarda pas à s’ennuyer.
Elle était belle, séduisante, et n’avait pas froid aux yeux. Les hommes étaient loin de la laisser indifférente.
Tout en s’ennuyant ferme avec son mari, elle flirtait à droite et à gauche jusqu’à ce qu’elle rencontre un attaché de l’ambassade autrichienne à Londres, le prince Félix Schwarzenberg. Il lui fit la cour, elle tomba amoureuse. Non seulement, elle eut une liaison avec lui, ce dont personne ne s’étonna, car c’était chose courante dans la haute société anglaise de l’époque, mais elle se laissa enlever par lui, ce qui était inhabituel. Le scandale fut immense. Qu’elle ait des amants, personne ne s’en serait offusqué mais qu’elle abandonne son mari pour partir à l’étranger avec un autre homme, un étranger de surcroît, c’était inacceptable pour l’aristocratie britannique.
Son amant l’emmena à Paris, elle devint rapidement l’ornement des fêtes parisiennes comme elle avait été celui des bals londoniens. Bien des messieurs lui firent la cour. Schwarzenberg, peut-être un peu las d’une maîtresse si remuante, l’abandonna. Restée seule, elle lui trouva rapidement un remplaçant, sinon des remplaçants, le plus fameux d’entre eux n’étant rien de moins que le Premier ministre de Louis-Philippe, Guizot. Elle continua à mener joyeuse vie, puis la Révolution de 1848 lui fit comprendre qu’il valait mieux quitter Paris.

Elle se rendit à Munich et devint la maîtresse puis l’épouse d’un comte bavarois dont elle eut un fils, lequel, encore enfant se tua en tombant d’un balcon. Ce drame déchira Jane mais elle ne tarda pas à trouver un nouvel amant qui n’était autre que le roi Louis Ier de Bavière. C’était un personnage éminemment sympathique et haut en couleurs. Helléniste distingué, homme à femmes, sa vie avait été une succession d’aventures extravagantes. Jane et lui s’entendirent à merveille mais la reine Thérèse de Bavière fit comprendre à Jane qu’il valait mieux déguerpir.
Jane, obtempéra. Mais où aller ?

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Lorsque le roi Louis Ier avait vu son fils Othon choisi pour régner sur la Grèce, nouvellement indépendante, cet Helléniste convaincu avait frémi de joie. Il avait vite déchanté. Les Grecs qui sortaient à peine de quatre siècles de joug turc s’en moquaient pas mal de leur passé antique. A preuve : le port de Nauplie dans le Péloponnèse où avait débarqué Othon, était la ville la plus importante du tout petit royaume – elle serait donc sa capitale. A Munich Louis Ier avait poussé des cris d’indignation. Quoi ! Etait-ce possible que les Grecs songent à une autre capitale qu’Athènes ? On objecta au Bavarois qu’Athènes n’était qu’une bourgade somnolente. La réponse de Louis Ier ne se fit pas attendre. Athènes et aucune autre capitale. Ainsi fut fait.
Après la capitale, vint la question du palais. Mais où ? Tout simplement sur l’Acropole, décident Othon et ses conseillers. Et on demande au plus grand architecte allemand de l’époque, Shinkel, de dessiner les plans. Celui-ci s’exécute et conçoit des bâtiments qui incorporent les ruines des monuments antiques, Parthénon et autres. Le roi Louis Ier vit ces plans, comme moi-même je les ai vus, et pensa défaillir d’horreur. Quoi ! Toucher aux plus augustes témoignages de la civilisation grecque antique, seul un barbare oserait ce blasphème. De Munich le roi tonna. Pas question d’effleurer seulement l’Acropole et, pour consoler Othon, son père lui paya l’immense palais qui domine la place de la Constitution, aujourd’hui Parlement, où habita mon grand-père après Othon et dont ma famille avait horreur.

Lorsque Jane Digby surgit à Athènes Louis Ier avait pardonné ses incongruités culturelles à son fils et la lui recommanda. Elle arriva donc avec les meilleures introductions. Elle devint la maîtresse d’un héros de la révolution grecque le général Hadji Petros. Puis elle épousa le comte Theotoki qui possédait une merveilleuse villa à Corfou toujours aux mains de ses descendants.

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Comme si cela ne suffisait pas, la belle Jane attira l’œil du roi Othon et devint tout naturellement sa maîtresse. Après avoir eu le père, Louis Ier, elle eut le fils, Othon. L’épouse de ce dernier, la reine Amélie, réagit de la même façon que la reine de Bavière et fit comprendre à Jane que sa place n’était pas en Grèce. Jane, partit le cœur léger, abandonnant amants et mari.
Mais Où aller ? Toujours plus à l’est.

Elle débarqua ainsi à Beyrouth alors propriété, comme tout le Moyen Orient, de l’Empire Ottoman. A peu d’exceptions près, aucune femme ne voyageait seule dans ces régions. Aussi, Jane déclara qu’elle voulait explorer le désert. Les gens sérieux lui répondirent qu’il n’en était pas question. Les dunes étaient truffées de bédouins qui attaquaient les caravanes et enlevaient les riches voyageurs pour demander rançon.
Cela n’arrêta pas la belle Jane qui loua des chameliers et s’élança dans le désert. Elle fut enlevée par des bédouins qui la menèrent à leur chef. Celui-ci tomba instantanément amoureux de Jane et celle-ci ne fut pas insensible à son charme. A tel point qu’ils se marièrent. Le bédouin, loin d’être un sauvage, était un personnage éduqué, raffiné, qui possédait un splendide palais à Damas. Jane et lui formèrent un couple parfaitement heureux. Jane avait séduit les hommes du désert, par sa façon étonnante de dompter les chevaux sauvages, souvenir de son éducation britannique. Cette cavalière émérite régna donc sur les sables comme elle avait régné sur les salons de Londres, de Paris, de Munich et d’Athènes.

Une révolte antichrétienne éclata à Damas.
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Partout, les chrétiens furent pourchassés et massacrés. Deux personnages eurent le courage de les abriter. Tout d’abord, Abdel Kader, l’ancien chef de la révolte anti-française d’Algérie, le héros de l’indépendantisme algérien. Malgré le traitement que lui avaient fait subir les chrétiens, cet homme d’honneur les abrita. De même le mari de Jane Digby.
Par hasard se trouvaient à ce moment à Damas, en touristes, mes deux arrière-grands-pères alors jeunes gens, le comte de Paris et le duc de Chartres. Ils trouvèrent refuge chez le cheik de Jane. Entre-temps, celle-ci était morte, épouse honorée d’un chef de tribu arabe.

De la famille de Jane devait sortir au XXe siècle une autre femme, belle et étonnante, une aventurière de haut vol, Pamela Digby.
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Cette aristocrate commença par épouser le fils de Churchill, puis le ministre américain Averell Harriman. Elle accéda ainsi aux hautes sphères politiques internationales. On lui prêta un certain nombre d’aventures avec des messieurs célèbres. Toujours belle, toujours séduisante, elle fut envoyée par Clinton comme son ambassadeur à Paris et y mourut dans l’exercice de ses fonctions alors qu’elle nageait dans la piscine du Ritz. Chaque fois que je la rencontrai, nous parlions de son ancêtre Jane pour laquelle elle éprouvait la même passion que moi et nous admirions son très beau portrait en chef bédouine, peint par le peintre allemand Haas, que j’avais déniché dans le musée de Koweït.


par  Prince Michael of Greece

Un commentaire pour “LADY JANE DIGBY


  1. Eveline

    Thank you for your fascinating story of Jane Digby. It is a valuable complement to « a Scandalous Life » , her biography by Mary S. Lovell, a richly illustrated book I once found in a Dutch bookshop, years ago. Could the Greek hero be the colonel Hadji Petros?

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